Le Maquis de Graide


Mieux comprendre l'histoire du Maquis de Graide, la terrible bataille et son contexte  souvent méconnu de beaucoup. Comment la GESTAPO semait la terreur au pays de Bièvre,...

Sujets abordés


1.  Le terrible combat du Maquis de Graide
2.  Souvenir funéraire de Jean Brion
3.  Le Maquis de Graide (A.S.) de Nicolas HUSTIN
4.  N'oublions jamais !
5.  Hommage aux Maquisards de Naômé
6.  Enterrement des Maquisards de Naômé
7.  Maison parentale DENONCIN à Naômé
8.  Le Maquis, d'où vient-il ?
9.  Le Maquis de Graide
10. Jean Sabeau, un Maquisard rescapé. Sa vérité
11. Un Maquis d'Ardenne (MARQUET)
12. Les parachutages (Léon VERBOIS)
13. La Gestapo et la SD de Dinant
14. Membres de la SD Dinant
15. Activités de la SD Dinant
16. Le COUZOT
17. STAMPE Raymond, très actif à Biévre
18. Les crimes de la SIPO ( Houdrémont)
19. Au pays de Dinant. Procès
20. GESTAPO DINANT - Réquisitoire - La Défense
21. GESTAPO DINANT - Parties civiles
22. Jugement des gestapistes
23. Historique régional des événements  de l'été 1944
24. Souvenons-nous
25. De nos jours

1. Le terrible combat du Maquis de Graide


Extrait de : CŒURS BELGES, organe de la Résistance fondé sous l'occupation allemande N° 14 du 15 juillet 1947

Dans l'attente du grand jour



   

31 AOUT 1944.


Une voiture, pilotée par des officiers allemands, est venue dans les environs et même jusqu'à la ferme se trouvant à la lisière du bois dans lequel le camp est retranché. Il semble que les Boches repèrent quelque chose ; sans doute projettent-ils une partie de chasse dans les environs, une battue, comme c'est leur habitude ; en tous cas, redoublons de surveillance !

Le restant de la journée, rien de suspect à signaler. A la nuit tombante, les ouvriers et estafettes partent vers le but qui leur est assigné et tout est calme dans les environs. Le camp s'endort, gardé par les sentinelles en éveil pour toute la nuit.


   

1 SEPTEMBRE.1944 .


Dès 7 h. du matin, c'est le réveil habituel,  avec le même entrain ou la même lassitude… Les conversations reprennent là où elles ont été terminées la veille et la nuit portant conseil, on se souvient avoir remarqué déjà que : …«il avait semblé que…»  «il se pourrait se pourrait bien que…». Enfin un déluge de suppositions que chacun a pu échafauder pendant ses heures d'insomnie ou de garde. Mais tout va bien et sur le «Forum» du camp, la place de la cuisine, les nouvelles sont bonnes. L'estafette est rentrée du PC du Groupe qui se trouve à une dizaine de kilomètres, et n'a rien remarqué d'anormal aux abords du camp, ceux qui sont allés au camp matériel sont rentrés également avec les munitions prévues, les sentinelles n'ont rien enregistré d'anormal ni même de suspect. Tout va très bien, mais veillons !

Pendant le déjeuner, assez spécial ce jour, car c'est une petite fête au camp et à cette occasion, chaque homme reçoit une demi tarte ardennaise et du café au lait sucré…

Les ordres principaux pour la journée sont données par le Lieutenant Hustin, commandant la sous-section. Une liaison doit avoir lieu avec le camp de Gedinne, c'est la mission de P. et de V. : une équipe ira avec le docteur Jean, chercher le ravitaillement à la sous-section de Haut-Fays. Les hommes de corvée sont désignés. Les sentinelles, relevées, les cuisiniers s'affairent déjà autour des leur foyer, afin de faire du feu sans fumée et de préparer un petit extra pour le dîner. Le Lieutenant reste inquiet au sujet de cette visite, pour le moins bizarre de cette voiture dans les prairies avoisinant le camp.

L'optimisme règne quand même, car notre camp est tellement bien situé, loin de tout village, sur la pente d'une petite vallée  isolée, loin de tout sentier frayé dans les bois, qu'il faudrait que nous soyons vendus, pour être pris. Il y a bien des traîtres dans les villages voisins, mais voudraient-ils livrer aux Allemands, des compatriotes … ? Et puis, ils ne sont pas légion et les Alliés sont déjà si près maintenant que ces misérables doivent commencer à réfléchir ! Tout en faisant ces réflexions, on prépare activement les armes, munitions et tout le nécessaire pour le prochain sabotage, mais chut…, c'est le secret du Lieutenant qui ne le dira qu'au moment venu.

Maquis de Graide BRION Romain
Maquis de Graide STEVENIN André
Maquis de Graide JANSSENS François
Maquis de Graide GERARD Jules

   
   

Alerte ! Voici les boches !


8h.30. La sentinelle remonte le sentier en courant, mitraillette à la main, fait irruption au P.C. et nous fait bondir en criant : les boches ! « Où, demande le Lieutenant ? » « Dans la vallée, ils débouchent des bois en avançant dans les prés en direction du camp. Leurs armes sont braquées vers le camp » « Combien sont-ils ? » «  Il en vient de partout, par petits groupes de 5 ou 6. »

Au même moment, la corvée eau remonte en silence et rapidement, ayant dû abandonner les récipients au bord de la source. En hâte, nous avertissons les hommes. Le Lieutenant court au point d'eau et la vue des allemands progressant méthodiquement et lentement lui enlève toute incertitude quant à leurs intentions. Nous sommes attaqués par un ennemi décidé et audacieux, c'est évident. Les maquisards sont réunis en silence et, dans le calme, et sont mis au courant de la situation. Tous sont là, sauf trois hommes partis en corvée à la ferme. Très rapidement, mais dans un calme absolu qui dénote la force des caractères et donne tant d'assurance à l'heure décisive, les baluchons sont ficelés, les armes sont vérifiées et les munitions réparties pour un mieux. Les explosifs sont enterrés pour être soustraits à l'ennemi. Le tout a pris quelques minutes. Les hommes sont réunis au centre du camp.

La consigne ? Celle de toujours : silence absolu. Ne tirer qu'a la dernière minute, suivre le guide à la file indienne, afin d'essayer de décrocher. Tous les visages sont subitement graves, mais résolus. Un ordre … on part. Sur le camp, si animé il y a quelques minutes règne maintenant un silence de mort. En tête, marchent le guide, le Lieutenant Hustin, Romain Brion, adjoint au chef de sous-section et les vétérans de Patignies, maquisards de la première heure. Le chemin de la ferme est libre et, un à un, les hommes, les hommes s'y engagent. Arrêt, on se compte … Trente quatre. C'est juste : trois hommes en effet sont en mission. Deux éclaireurs envoyés en arrière reviennent presque aussitôt : les Allemands montent dans le camp et sont arrivés presque au P.C. ; ils suivent le sentier de la source. Les trois hommes partis en mission dès le matin, reviennent à ce moment et annoncent que les Allemands occupent la ferme et que d'autres montent vers le bois à travers champs.


   

Cernés de toute part.


Décision, on rejoint le camp d'Haut-Fays et, pour ce faire, on dévale en courant calmement dans un coupe-feu. Afin d'éviter de traverser à découvert les prés et champs de la commune de Gembes, nous suivons la lisière du bois ; sous le couvert et nous remontons la vallée qui nous sépare d'Haut-Fays. Après quelques centaines de mètres, voici l'endroit idéal pour traverser. Cent mètres à faire en pleine prairie et nous sommes dans le versant boisé où se trouve le camp ami. Halte ! A 50 mètres environ, en plein soleil, un détachement de feldgrau, nous tourne le dos. Nous observons : un officier, d'une voix gutturale distribue les ordres et les soldats se dispersent aussitôt et se tapissent dans les buissons. Il est évident que nous sommes cernés de toutes parts, que nos ennemis sont décidés à nous exterminer. Ils poussent l'audace jusqu'à s'aventurer en plein bois, loin de tout chemin frayé, chose qui ne s'est pas souvent vue dans la lutte contre les terroristes, et qui nous prouve encore que nous avons été vendus. Mais, l'heure n'est pas aux réflexions de ce genre, il va falloir ruser avec l'ennemi.


     

Une fusillade infernale.


Regagner le camp d'Haut-Fays est devenu impossible. Deux routes sont peut-être encore praticables, l'Est ou l'Ouest, car le Sud et le Nord sont occupés par l'ennemi. Le Lieutenant décide de partir en reconnaissance avec un homme, afin de se rendre compte de la possibilité de passer. Ordre : attendre sur place et surtout ne pas se séparer. Il part et, avançant avec précautions, se rend vite compte qu'il est impossible de passer. Alors, se retournant, il se trouve nez à nez avec un Allemand embusqué qui ne l'a point vu, car il est arrivé par derrière.  Une rafale de mitraillette et le passage est libre. Aussitôt, c'est la bataille et en zig-zag, il parvient à se faufiler et à éviter de justesse le gros de la troupe ennemie.

Pendant son absence qui paraît longue aux maquisards, le contact s'est établi avec l'ennemi ; un peloton d'éclaireurs allemands est arrivé à hauteur du groupe et un coup de carabine tiré en l'air signale à l'ennemi où nous nous trouvons. A ce signal, le combat commence. Notre colonne continue à avancer cependant dans le bois et, quittant le sentier, nous traversons une petite clairière. Plus rien, plus un bruit ! Les gris auraient-ils perdu notre trace. Il est 10 h. environ. Peut-être pourrait-on passer par le petit défilé rocheux ? On se compte. Trente-cinq. Parfait ! Bientôt des bruits suspects de brindilles cassées et de pas sur le feuillage se font entendre. De plus en plus distincts, ces bruits se rapprochent : secondes anxieuses, mais nous restons immobiles. Les voici ! Dix, quinze mètres à peine nous séparent les uns des autres. Soudain, un ordre bref. Avant qu'ils ne nous aient remarqués, nous fonçons en tiraillant au milieu de leur groupe afin de passer. Les coups de feu éclatent, mais ils tirent dans notre dos. Nous sommes passés ! Personne chez nous n'est blessé et bientôt, nous sommes hors de portée. Hélas, à la lisière du bois, un feu nourri nous attend et, pendant que nous dévalons vers les Roches, une fusillade infernale fait pleuvoir la mitraille  sur nos hommes.  On se disperse et seuls, les premiers atteignent la crête des rochers. Un fusil-mitrailleur allemand bien placé, commande l'entrée du passage et le balaie sans arrêt. Personne ne pourra franchir les quelques mètres qui nous séparent des bois de Gembes. Nous sommes dissimulés par groupes dans les replis du terrain et aplatis contre les rochers. Nos positions sont arrosées d'une nuée de balles.

Maquis de Graide COLAUX Albert
Maquis de Graide COLAUX Simon
Maquis de Graide COLAUX Camile
Maquis de Graide DENONCIN Jean

 

Écrasés par le nombre.


Le Docteur Jean se trouve dans un étroit renfoncement, en compagnie de Brion R., des quatre autres maquisards qui l'ont suivi. En face d'eux,  deux têtes casquées mettent un nouveau fusil-mitrailleur en batterie. C'est le vacarme infernal des grandes batailles auquel s'ajoute les cris gutturaux et aigus de la bande déchaînée voulant effrayer se proie et donner du courage à ses membres. Nos armes répondent du tac  au tac et les balles s'entrecroisent. Les deux boches sont descendus et paient leur audace de leur vie. Les « Gris » se décident à monter à l'assaut des roches, mais ils sont décimés une première fois par notre fusil-mitrailleur bien placé et bien manié par Camille. Ils se lancent à nouveau en poussant des cris plus perçants et les rafales ininterrompues de notre fusil-mitrailleur, de nos mitraillettes et de l' U.D. (pistolet-mitrailleur) les forcent à reculer encore et à se recompter. Le servant de l'U.D. est tué net par une balle perdue qui lui traverse le crâne de part en part, et c'est notre premier tué ! Nos armes sont nombreuses et bonnes ; elles nous ont été parachutées et sont donc modernes. Elles peuvent tenir le coup contre les armes allemandes. Quant à nos munitions, elles sont pratiquement inépuisables, mais nous sommes très inférieurs en nombre …

La situation devient vite intenable, nous ne suffisons plus à contenir cette marée qui, vague après vague, se rue à l'assaut de notre position. Les grenades éclatent tout près de nous, mais les rochers nous protègent très bien contre les éclats. Les mortiers se mettent aussi de la partie, le vacarme est assourdissant et c'est une pluie de pierres et de mitraille qui nous arrose pendant tout un temps. Nous répondons coup pour coup à l'adversaire et une légère accalmie se produit, avec l'invitation classique : « Rendez-vous ! Rendez-vous ! »

Personne ne répond et ne songe à répondre. On vendra chèrement sa peau, mais on tiendra jusqu'au  bout. Plus haut que nous et un peu en arrière, un groupe de sept hommes, conduit par le Lieutenant peut desserrer l'éreinte et s'enfoncer dans le bois pour rencontrer l'ennemi un peu plus loin. D'autres s'éloignent dans une autre direction ; ils ne vont pas loin, mais ils essayent de se disperser afin d'élargir le cercle de combat et de pouvoir ainsi plus facilement s'échapper. Deux camarades décrochent avec le docteur Jean et, de roche en roche, par bonds successifs , parviennent à gagner le couvert plus touffu d'une petite sapinière. Le barrage est très serré, les balles isolées sifflent à nos oreilles, les Allemands tiennent bien leur proie.

Deux hommes sont tués en voulant sortir à tout prix de  cet enfer, la sapinière est fouillée de fond en comble pendant une heure par une cinquantaine de « gris ». C e n'est que par miracle que le Docteur Jean échappe à leurs recherches. Il est caché dans un tas de branches de sapin, coupées depuis peu. Il reste dans une immobilité cadavérique pendant plus d'une heure. Et quand dépités de ne rien avoir trouvé, alors qu'ils avaient vu  entrer le Docteur  dans la sapinière, les Allemands se retirent, quelle n'est pas la surprise de celui-ci, d'apercevoir non loin de lui, deux autres maquisards échappés comme lui et de façon semblable aux « gris » ivres de sang.


   

Treize morts … vingt survivants.


Ailleurs, la bataille fait rage également et un as du maquis, Noël, décide, coûte que coûte d'alerter le camp d'Haut-Fays. Il s'avance prudemment jusqu'à la lisière du bois : tout va bien, il n'a que quelques mètres à courir et il  est fort et vif. Il s'élance, réussit presqu'à traverser la prairie et tombe sous le feu de l'ennemi. Il parviendra à se traîner jusqu'à l'entrée du bois pour y mourir, le regard tourné vers le Ciel. Peu à peu, le fusillade s'éteint, la bataille est presque finie faute de combattants, du côté du maquis. Les feldgrauen, massés en grand nombre dans les prés, disparaissent rapidement, comme si un ordre avait été donné. Il est trois heures et demie . Nous apercevons  dans le lointain un détachement sur la route. Les Allemands sont partis précipitamment après avoir visité notre camp et y avoir mis le feu. Le silence est tout à coup sinistre. Nos appels encore discrets restent sans réponse. Le Docteur revient sur les lieux avec l'un ou l'autre rescapé qu'il a retrouvé déjà et s'affaire à la recherche des blessés. Ils arrivent sur les roches, là où la lutte a été la plus dure et leurs appels restent sans écho. Aucune voix amie ne répond. Seuls les rochers griffés et lacérés témoignent de l'âpreté de la lutte. Ils descendent dans la prairie, et là, ils découvrent étendus, sans vie, mutilés, treize corps immobiles, baignés des derniers rayons du soleil de septembre qui leur découpe à chacun, une ombre gigantesque.

La bataille de Graide est finie. Les Allemands ont emporté avec eux leur butin, leurs blessés et leurs morts. On dira plus tard ( les habitants de Graide où ils sont repassés) que quatre chariots étaient chargés de cadavres ! Chez nous, 20 survivants. On retrouvera plus tard dans la soirée et le lendemain deux cadavres dans les champs de blé. Deux camarades ont été emmenés vivants à Bièvre où cantonnent les « gris » ; Ils se sont faits prendre par surprise pendant la bataille et leur courageux silence leur vaudra la couronne des Martyrs.

Maquis de Graide DENONCIN Maurice
Maquis de Graide DENONCIN Henri
                  PISVIN Edouard, mort à Graide

Sont tombés au cours de cette terrible empoignade :


Romain BRION, de Graide, adjoint au chef de section ;
BERTRUME Paul, de Graide ;
BRION Jean, de Graide ;
HALLET Léon, de Graide ;
JACQUES Albert, de Graide ;
DENONCIN Jean, de Naômé ;
DENONCIN Maurice, de Naômé ;
DENONCIN Henri, de Naômé : 3 frères ;
BOURGUIGNON Marcel, de Naômé ;
JANSSENS Franz, d'Anvers ;
COLAUX  Albert, de Malvoisin ;
COLAUX Camille, de Patignies ;
COLAUX Simon, de Malvoisin ;
GERARD Jules, de Patignies ;
LEGRAIN Noël, d'Auvelais ;
PISVIN Edouard, de Bruxelles ;
STEVENIN André, de Patignies.

C'est de grand cœur qu'ils ont donné leur vie pour la Patrie. Nous ne devons pas oublier leur exemple, mais plutôt en vivre et y puiser l'énergie nécessaire pour vivre dans une charité semblable à la leur au milieu de nos occupations et de nos difficultés. Ils avaient puisé leur force à la source : le dimanche précédent, au passage de l'aumônier, venu leur rendre visite et leur dire la messe, car dans chacun de nos camps, il y avait une chapelle entretenue par des mains d'hommes, d'hommes qui ont sû mourir pour leurs autels et pour leurs foyers.

Inclinons-nous et vénérons leur mémoire .

UN DU MAQUIS .                                                                                 


Retranscrit par Louis Baijot, Graide, le 24 mai 2012.

2. Souvenir funéraire de Jean Brion



La vie est un calvaire mais l'espoir des célestes
lumières chante au sommet de nos croix.
Qu'elles sont donc pénibles les séparations d'ici-bas,
mais qu'ils sont heureux les revoirs là-haut.


A  LA PIEUSE MÉMOIRE DE

JEAN BRION


Epoux de Betsy GIROUX


Soldat du maquis
Mort glorieusement pour la Patrie à Graide
Le 1er septembre 1944 à l'âge de 22 ans

 
Ô mon cher petit  Jean, mon amour, toi que je revoyais hier si vivant, si heureux, si gai et que je ne verrai plus. Tout ce que tu m'as coûté de tendresse, de soucis, car  j'ai tant prié pour toi. Oh, ce n'est pas possible, non, il n'est pas possible que tu sois mort, toi ma vie pour qui  j'ai tout sacrifié, moi qui ne vivais que pour toi.

Ne vous désolez, ô mère affligée,  épouse inconsolable, sœur chérie, je vis plus que jamais , je suis plus heureux que jamais, j'ai gravi mon calvaire, maintenant je suis au ciel. Je vous aime toujours plus, toujours mieux, je vous contemple en souriant. Je vous disais ma joie, ma fierté, mon bonheur d'être soldat, tous bien chrétiens, comme des frères, communiant ensembles, récitant notre chapelet le soir, tout haut à N-D du Maquis, d'avoir un aumônier qui nous aimait, nous allions avoir la messe chaque jour, un aumônier près de nous en permanence. 

Dieu connaît notre heure, il sait l'instant le meilleur, il nous appelle à lui, au moment favorable. - Ô Jésus, vous nous avez parlé au fond de notre  cœur, il m'est pas une heure de votre vie qui ne soit belle. Toue votre vie, ô Christ est un hymne à la beauté, à la bonté. Tout vos gestes et toutes vos paroles sont de la beauté ineffable, chaque phrase de votre évangile est un battement de votre Cœur. Ô Jésus, beauté suprême, attirez-moi de plus en plus, mais il me semble que mourir comme vous, saignant, les bras en croix, pour ceux qu'on aime, entre le ciel et la terre, en réconciliation, pour la paix du monde, c'est l'amour le  plus beau et un geste sublime. Jamais une tendresse pareille ne s'est exprimée avec avec des mots si doux. Mourir comme vous, mon Jésus, mon Dieu et mon tout.

Seigneur, Dieu des armées, accueillez dans votre sein ces héros tombés pour la défense du drapeau, pour la délivrance de notre patrie, mais n'oubliez pas ceux qu'ils ont laissé dans les larmes. Eux aussi ont leur croix à porter, leur cœur endolori. Aidez à élever jusqu'à vous ceux qu'ils ont laissés sur terre, ceux qui portent leur deuil héroïque pour la patrie hier subjuguée et par nos chers soldats délivrée, en attendant l'heure de l'indicible et inséparable  réunion dans la patrie céleste.

Vierge sainte,  au milieu de vos jours glorieux, ayez pitié de ceux qui s'aiment et qui sont séparés, donnez à tous l'espérance et la paix.

Cœur Immaculée de Marie, intercédez pour nous.

Miséricordieux Jésus,  donnez lui le repos éternel.

3. Le Maquis de Graide (A.S.) de Nicolas HUSTIN


Découvrons maintenant un second récit de la bataille, particulièrement émouvant, publié dans un TIRAGE SPECIAL par l'ASSOCIATION D'ACTIVITES PATRIOTIQUES (a.s.b.l.) ASACPA

Avec l'aimable autorisation de l'Auteur HUSTIN NICOLAS.
Réimprimé par SPINETTE MICHEL.

LE CONTACT PATRIOTIQUE BELGE ( a.s.b.l.)



I.  Cette modeste brochure, n'a aucune prétention littéraire ; elle contient tout simplement le récit d'un rescapé qui s'efforce de retracer objectivement et dans la mesure des détails dont il a connaissance, ce que fut l'âpre tragédie de Graide.
Il ne sera malheureusement jamais possible de reconstituer intégralement toutes les péripéties de ce drame sanglant. Cette mêlée forcément confuse, gardera des secrets ; Des scènes sublimes ou atroces resteront à jamais ignorées !
Il n'entre pas dans nos intentions de faire l'apologie des Membres de la Résistance, les faits sont suffisamment éloquents, pour nous dispenser de cette tâche.
Dans le maquis ils furent héroïques, dans les bagnes Allemands ils furent sublimes, et les mots sont trop pauvres pour exprimer toute notre admiration et tout notre respect pour eux ; le silence et le recueillement sont bien plus éloquents.
A nous qui les avons vu mourir, qui les avons mieux connus, à nous que le sort a épargnés, la fraternité issue du feu nous impose une obligation sacrée, celle de garder le culte de nos héroïques camarades.
Le souvenir est-il un sentiment ? Ou n'est-il qu'un mot ? Nous pensons qu'il n'est bien souvent qu'un sentiment superficiel que l'usure du temps a tôt fait d'effacer, de réduire à néant.
Si cette petite brochure parvient à nous rappeler nos morts, si elle nous aide à revivre quelques instants avec eux, notre but sera atteint.
Le lieu qui fut témoin du combat meurtrier a repris aujourd'hui, son calme et sa sérénité ; Chaque automne, abandonnées par les arbres mutilés, les feuilles jaunies s'éparpillent sur le sol et semble vouloir recouvrir et effacer les derniers souvenirs qu'a laissé dans ce bois, l'effroyable tourmente du premier septembre 1944, sous la mousse et les ronces envahissantes des taches sombres disparaissent ! des taches de sang !
En visitant ce lieu, revenons en arrière et méditons !
Le mot souvenez-vous est une prière que nous n'écoutons pas toujours, elle est sur nos lèvres, elle n'atteint pas notre coeur.


II.  La vie poursuit son cours au refuge de Graide, de plus en plus fiévreuse, l'avance des Alliés est rapide et on s'attend d'un jour à l'autre à entrer en action.
L'arrivée des estafettes éveille toutes les curiosités et soulève un tas de commentaires passionnés.
Avec ses baraques éparses, le camp présente pour les non-initiés, un aspect mystérieux, mais l'impressionnant alignement des mitraillettes accrochées aux parois, révèle le véritable esprit, le sublime, de ce rassemblement de hors-la-loi.
Ils ont spontanément délaissé familles, intérêts, travaux, pour courir les pires risques, au devant de la plus hideuse des morts, le poteau... le supplice ...! Ils ont délibérément négligé les aléas, les incertains de cette aventure en cette période chaotique, ils entrevoient des instants âpres et douloureux, mais ils ne veulent plus vivre sous le joug du boche.
Au fond des bois ils ont réalisé une petite patrie indépendante : Ici règne la liberté ! Et le drapeau National flotte librement.
Par delà des monts, invisibles, dans les profondeurs d'autres forêts, d'autres hommes veillent et se préparent à la même tâche, dans le même esprit pour hâter la libération de notre territoire.
Le roulement des colonnes ennemies en retraite arrive distinctement au camp, c'est presque la déroute et c'est un défilé affolant de camions, qui filent à toute allure vers le grand Reich ; des mitrailleuses flanquent les véhicules, la terreur du " Bandit " est à son comble, et les splendides conquérants de 1940 n'en mènent pas large, ah ! ces maudites forêts, repaires de terroristes ! ces buissons impénétrables, où le Fritz ému, devine sans cesse des ombres menaçantes.
Obsession ! Fous de terreur, les boches arrosent copieusement les bois le long des routes.


III.  La Sous-section de Graide, achève activement la constitution de son armement, il manque un fusil-mitrailleur et la troupe sera parée. Chacun le sent, l'heure cruciale est proche.

1 septembre 1944.
La journée s'annonce maussade, la brume enveloppe la forêt de son manteau de grisaille. Dès 6 heures du matin le camp s'éveille, les hommes encore somnolents, descendent vers la source pour se débarbouiller et achever de s'éveiller ; les sentinelles sont à leur poste, l'une à la lisière Sud-Est au bas de la côte, à proximité de la source, à deux cents mètres du camp, l'autre à l'opposé du camp, au Nord, face à Hautfays.

7 heures.
Le déjeuner est prêt et chacun y fait honneur, des estomacs de 20 ans et des nuits passées à la belle étoile, voilà le meilleur des apéritifs.
Fort heureusement, le ravitaillement suit régulièrement acheminé par les Services extérieurs du camp, car l'A. S. possède une organisation minutieuse à tous les échelons, et l'aide reçue de la population est tout simplement magnifique.

7 heures 30.
Le repas est terminé, une légère odeur opiacée, flotte autour du camp, on savoure les premières cigarettes Anglaises parachutées quelques jours plus tôt.

8 heures.
Un incident imprévu vient brusquement bouleverser le programme de la journée. Léon HALLET, sentinelle Est, débouchant du sentier, fait irruption dans le camp et essoufflé annonce :
— Des allemands...! ils arrivent dans les prés à 50 mètres de mon poste !
Cette nouvelle est inattendue et provoque d'abord un certain désarroi. Chacun coure à son arme et attend les ordres du Lieutenant. Celui-ci ordonne de faire le paquetage de tout l'équipement. Ce ne sont peut être que des allemands en reconnaissance, mais il est bon de prendre ses précautions.
En un clin d'oeil, les couvertures sont roulées, et les sacs sont bouclés, les hommes vérifient leurs chargeurs et leurs armes. Tandis que le F. M. se prépare à rejoindre un emplacement stratégique.
Les gestes automatiques rappellent les exercices d'alerte, et chacun a vite retrouvé son sang-froid.
A voix basse on échange ses impressions : Il faut s'attendre à une opposition meurtrière des allemands ;  des renseignements que l'on possède déjà, il faut en conclure que leur nombre est supérieur à 800, et nous sommes 37 maquisards !
Le soleil boudeur le matin, rayonne à présent dans tout son éclat, belle journée...!
Redoublant de prudence, la colonne aborde la lisière du bois vers le Nord-Ouest, une bande de prés à franchir et à 500 mètres de là, c'est le bois dans lequel le camp de Hautfays est niché, il suffit d'atteindre le versant en face et c'est le salut, oui... mais.,. des lourds casques aux reflets verdâtres émergent du fossé qui longe ce versant, terre promise et convoitée, mais où il s'avère immédiatement, qu'il ne sera pas possible d'arriver.
Ce serait un véritable suicide de tenter cette aventure, les allemands auraient vraiment la partie trop aisée, ils auraient trop beau jeu de nous massacrer comme de vulgaires lapins, et ma foi, nous ne sommes pas encore disposés à leur offrir ce plaisir.
Quoi qu'il en soit, le groupe se trouve dans une vilaine position, toutes les issues sont verrouillées, et à quoi bon tourner en rond, dans l'espace encore libre, l'étau allemand se resserre d'instant en instant, à chaque minute qui passe, notre circuit est réduit de façon inquiétante.
En effet les premiers assaillants, suivant nos traces, ont dès à présent dépassé le camp et marchent vers nous. A chaque intersection de chemins ou de sentiers, qui pour la circonstance deviennent des lignes de tir, ils laissent derrière eux des armes automatiques, ils sont actuellement approximativement à trois cent mètres.
II n'est plus temps de tergiverser, il faut prendre une décision. Dans 10 minutes il sera trop tard ! dilemme angoissant !
Après un bref colloque, la troupe oblique franchement vers la droite et remonte vers le Nord, tendant à rejoindre un endroit à 300 mètres de là, où la bande de prés se rétrécit à tel point que l'intervalle découvert est à peine large de 20 mètres, il faut agir vite, les boches progressent sur notre flanc droit, et c'est une course de vitesse qui s'engage.
La colonne arrive à proximité du passage !
Le Lieutenant HUSTIN laissant le commandement à son adjoint, le Sergent Romain BRION, dispose ses hommes sous le couvert d'une sapinière, et décide une rapide reconnaissance, accompagné de Noél LEGRAIN, ils se glissent tous deux vers la lisière.
Quelques coups de feu isolés se répercutent à présent dans les profondeurs de la forêt, c'est le prélude du drame Le gros de la troupe resté en attente a tôt fait de déceler l'approche ennemie, des froissements de feuilles proches, ne trompent pas les oreilles exercées des maquisards, ils épient la progression qu'ils devinent, l'épaisseur du fourré dresse un rideau impénétrable à la vue, et le champ visuel est restreint à quelques mètres.
Les bruits perçus semblent indiquer plusieurs lignes massives de tirailleurs.
Ils approchent ! 60 mètres... 50 mètres... d'un moment à l'autre on s'attend à les voir apparaître derrière une branche brusquement écartée. Aléa jacta est ! (le sort en est jeté) on pointe les mitraillettes, les traits se crispent dans l'attente du premier choc, encore quelques secondes... et...! catastrophe ! dans le but de dégager son champ de tir un homme se déplace quelque peu et s'empêtre malencontreusement dans son barda, cet incident malgré sa stupide fatalité, nous glace de terreur.
L'effet de surprise escompté est raté, la position est mauvaise et n'offre pas le moindre accident de terrain. Il faut déguerpir au plus tôt, point n'est besoin d'être expert en balistique, pour s'assurer que notre position n'est pas favorable.
En un clin d'oeil tous les camarades sont debout et se dispersent dans les taillis, l'assaillant a ouvert un feu nourri sur l'emplacement occupé par les " Bandits " quelques 1/10 de seconde plus tôt.
Erreur profonde Messieurs les Fritz, tous les projectiles s'enfoncent dans le sol, là où il n'y a plus personne, et l'un de nous outré, de marmonner :
— Ces bêllitres se figurent qu'ils sont à la chasse aux lapins !
Personne n'est touché, sauf Jean BRION qui a le bras fracassé par une balle.
Sans perdre de temps, les maquisards convergent vers un amas rocheux à la pointe du passage préalablement fixé, dans le but de se reformer et d'effectuer la percée.
Mais à peine avons-nous débouché dans les roches, que notre groupe se heurte à un violent tir de barrage de mitrailleuses, les allemands cachés à la lisière du versant opposé ont ouvert le feu et nous arrosent copieusement.
Immobilisés un instant par cette fusillade, les nôtres se débarrassent  de leur barda encombrant et un peu trop voyant, violemment, on arrache les boucles des courroies trop récalcitrantes.
L'arme au poing, les camarades bondissent dans les rochers, au sein d'une mitraille épouvantable, ils escaladent, plongent dans les excavations avec des détentes de félins, ils s'agrippent au roc et se coulent dans les anfractuosités des roches.
Aussitôt c'est la riposte, le combat s'engage implacable, inégal, atroce, sans espoir de repli !
Chacun devine l'issue de cette mêlée sanguinaire, les S. S. on le sait ne font pas de prisonniers, et les hommes de la Kriegsmarine qui leur sont adjoints, ne valent guère mieux.
Sous cette pluie de feu, les visages se sont subitement durcis, les traits contractés disent la résolution de vendre chèrement sa vie, et si au fond des yeux brûlants de haine, une petite lueur persiste, c'est qu'avant de mourir, les camarades ont une pensée pour ceux qu'ils ne reverront plus.
Cette pensée fond les visages, les adoucit un instant.
Oh ce n'est pas sur leur propre sort qu'ils s'apitoient, mais sur les autres !
Ceux qui confiants dans l'avenir, attendront en vain leur retour, ceux qui le soir de la bataille, n'auront plus que des corps inertes à serrer passionnément dans une dernière étreinte, ceux qui, éperdument appelleront en vain, des êtres chéris qui ne répondront plus !
Et puis mourir à 20 ans, quand le ciel est bleu et que e soleil brille, et que le vent de la victoire et de la liberté souffle à l'horizon. Cela laisse tant de vide dans une famille... Mais c'est mourir pour eux et pour la Patrie et c'est jusqu'au bout qu'ils lutteront...


lv.  Pendant que cette phase du drame se déroule avec une violence et une rapidité inouïes, le Lieutenant HUSTIN et son compagnon ont atteint également la même lisière plus haut vers le Nord-Est.
Laissant son camarade dissimulé dans le creux d'un fossé, le Lieutenant fait demi-tour et essaye de rejoindre ses hommes pour les rassembler et tenter la percée en cet endroit.
Malheureusement, le combat est déjà engagé et le Lieutenant se heurte à un grand diable de boche, affûté dans un coupe-feu, le fusil épaulé prêt à tirer, il épie la fuite possible d'un gibier humain.
Dissimulé par un buisson le Lieutenant s'est arrêté à quelques mètres du boche, celui-ci tout à sa surveillance n'a rien vu et se présente de flanc.
A supprimer pense le Lieutenant, sans quoi, ce particulier serait capable de me faire un mauvais parti.
Et posément, il braque sa mitraillette, une série de claquements, une légère fumée bleue s'étirant vers le ciel, et le boche, lâchant son arme s'arc-boute en vain sur ses jarrets pliés, retardant de quelques secondes la chute fatale. Une deuxième rafale, le corps percé de balles, le boche s'écroule.
C'est très bien, mais le Lieutenant se rend compte qu'il est entouré d'Allemands, compagnie très désagréable et qu'il tâche d'éviter au plus tôt.
A présent les balles des mitraillettes sifflent autour de lui, il se trouve dans le champ de tir des belges.
Evoluant rapidement parmi les arbres, il rejoint enfin sans mal notre groupe, après avoir fait un détour pour reprendre Noël son compagnon de reconnaissance, mais l'endroit où il avait laissé celui-ci, quelques instants auparavant, était désert, Noël était parti, et voici comment :
Resté à la lisière en attendant ses camarades, Noël entend le début de la bataille, ne voyant pas revenir le Lieutenant qu'il espérait plus tôt, il prend une décision héroïque. bravement il s'élance dans l'espace découvert, voulant coûte que coûte sortir du cercle infernal, et avertir les autres camps, du désastre de Graide.
Il s'agit de faire vite afin que les renforts arrivent à temps, c'est une question de vie ou de mort pour les camarades.
Comme un furieux, il fonce à travers prés, les boches un instant surpris et voyant leur proie leur échapper, dirigent aussitôt sur lui, le feu d'un F. M. mais Noël est un sprinter hors ligne ; en longues foulées souples, il se rapproche jusqu'à 10 mètres de la lisière, l'atteindra-t-il ? Non.. ! il est touché ! emporté par un élan impétueux, il roule plusieurs tours sur lui-même, et reste étendu à quelques pas de la sapinière qu'il espérait atteindre.
Va-t-il échouer si près du but ? Brusquement il est debout, dans un sursaut surhumain, il bondit et disparaît dans les fourrés, sauvé... ? hélas !
Blessé à mort, Noël, n'aura qu'une pensée, s'éloigner le plus loin possible pour mourir en paix.
Ce ne sera que le lendemain, que des habitants des localités voisines explorant les bois à la recherche des blessés, retrouveront son cadavre à plus d'un kilomètre du lieu de carnage.
Le buste adossé au tronc d'un arbre, figé dans une ultime prière, Noël à genoux, le chapelet noué dans ses mains jointes était mort en soldat, en chrétien !.


V.  Cependant parmi les rochers, la bataille gronde et crépite, à chaque instant, des renforts allemands viennent grossir les rangs des assaillants ; la fusillade s'accentue de minute en minute, et devient furieuse, c'est comme un vol serré de moustiques qui vont, viennent et se croisent avec un piaulement bizarre, avant de s'écraser sur le roc.
Pas un pouce de terrain qui n'est fouetté par l'averse mortelle, les boches au mépris de tous sentiments humains, au mépris des lois de la guerre, utilisent des balles dont la pointe sectionnée, les transforme en fait, en de véritables balles explosives, leurs trajectoires piaulantes comme des toupilles de Nuremberg, se distinguent nettement des autres projectiles.
Dans nos rangs, la mort frappe, c'est Victor PISVIN, qui ouvre la triste série parmi les hommes du groupe acculé.
Avec un râle, il chancelle, le visage sanglant, il se raidit, semblant lutter avec la mort qui l'étreint, dans un ultime soubresaut, il tourne vers nous sa pauvre face les yeux suppliant un secours impossible. Puis épuisé, il s'affaisse, les doigts crispés griffant désespérément le sol, et c'est la fin...!
Le soleil implacable, surchauffe les pierres qui exhalent une température de fournaise, nous nous débattons dans cet air lourd, la fumée de la poudre dessèche les gorges, la soif nous dévore.
La bataille se poursuit durant une heure sans répit, sentant la fin prochaine, tacitement les maquisards, interrompant alternativement leur sombre besogne, détruisent leurs papiers, tout ce qui pourrait mettre un nom sur les dépouilles prochaines. Les parents ne doivent pas courir le risque de partager notre sort.
Nous avons dès à présent accepté notre destin et une mort pareille ne laisse plus d'appréhensions, les cerveaux enfiévrés la redoutent à peine, comme on redouterait une séance chez le dentiste...!
Si complexe que cela paraisse, la mort vue de tout près, parait bien moins terrible que lorsqu'on la suppose éloignée.
Bien sûr, on préférerait assister à une paisible partie de pêche ! mais ce sont là des émotions fugitives bien vite la tension morale et l'occupation continuent, la haine de l'adversaire, tout cela s'impose simultanément pour relever les âmes inquiètes et dompter le mal-être rebelle. S'il est rare que l'on échappe complètement à ces poussées d'instinct conservateur, que la bête subit malgré elle, il est plus rare encore que l'oh y cède.
Accrochés au roc, nous avons tous rayé de notre subconscient un tel sentiment : inconscients presque, ce ne sont pas des hommes que nous tuons, c'est l'ennemi que l'on combat, ce sont des obstacles qu'il faut renverser, c'est la loi impérieuse de tuer pour vivre qui nous guide.
Qu'importe les hurlements sauvages des S. S. Les plaintes des blessés, et les gémissements des mourants, qu'importe les corps qui se tordent et le sang qui ruisselle, nous ne voyons plus rien que l'ennemi qui menace, nous n'entendons plus rien que le déchaînement des armes.
Et ce soir, le nombre des vies fauchées, décidera du prix de la moisson et de l'importance du labeur horrible.
L'étreinte allemande insensiblement se resserre, et la mort inlassable fauche au hasard.
Brusquement un groupe d'allemands surgit du fossé où il est retranché se lance à l'attaque au pas de course, il grimpe à l'assaut dans la prairie, mais il ne prendra pas pied dans nos roches, une rafale foudroyante du F. M. belge, les cueille et les déconcerte par sa précision, tournant les talons, rugissant de fureur, et plus vite qu'ils ne sont venus, ils font demi-tour, sauf une demi-douzaine, dont les corps ont quelques soubresauts avant l'éternelle immobilité.
Mais une autre nouvelle rend la situation plus critique, Albert JACQUES sentinelle Nord, communique à son tour la présence d'un certain nombre d'Allemands dans son Secteur ; environ 200, précise-t-il, qui se rassemblent autour de la ferme de l'Avrinchenet, à 100 mètres de la lisière.
Aussitôt le Lieutenant ordonne la distribution des grenades ; il s'avère impossible d'emporter tout le matériel, aussi convient-on d'en laisser le moins possible aux mains des Allemands, et deux hommes s'affairent activement à dissimuler le explosifs.
En face du premier poste les allemands se rassemblent de plus en plus nombreux, ils sont maintenant plus de 200, le long du ruisseau qui borde le bois à 50 mètres ; ils marquent un temps d'arrêt avant de s'engager dans le taillis.
Soucieux, le Chef du camp donne l'ordre du repli, il a des ordres formels et ne peut attaquer s'il reste possibilité de ne pas s'accrocher avec l'ennemi, il faut coûte que coûte éviter des représailles à la population !
Désappointés, les maquisards se replient en bon ordre, impeccablement calmes, comme à la manoeuvre.
Le Lieutenant en quelques mots brefs, donne ses instructions.
— II est possible que les allemands ne pénètrent pas dans le bois, néanmoins, pour plus de sûreté, nous allons rejoindre le camp de Hautfays, nous serons de ce fait considérablement renforcés, et prêts à faire face aux évènements.
Que personne ne commette d'imprudences ! ne tirez qu'en cas de nécessité.
Après une marche de quelques centaines de mètres, vers le Nord-Ouest, la colonne s'arrête.
Des éclaireurs sont détachés en reconnaissance, direction Sud-Ouest, pour voir si le passage est libre, tandis que les hommes restés en attente, s'allongent dans les fougères et les hautes herbes, prêts à faire face à toutes les éventualités.
Un quart d'heure passe !
Et voici que des frôlements suspects dans un fourré mettent les hommes en éveil, les mitraillettes pontent vers les bruits insolites, mais s'abaissent aussitôt, ce sont les éclaireurs dépêchés en avant qui surgissent du fouillis de verdure, et annoncent :
Les allemands coupent toute retraite vers e SudOuest, ils sont occupés à se retrancher dans un large et profond fossé, limite de territoire avec Bièvre.
Trois directions sont bloquées, les cordons allemands renforcés d'armes automatiques tiennent les chemins d'enfilade et ont mis les accidents de terrain à profit pour se dissimuler.
Que faire...? Peut-on dans ces conditions essayer de percer leurs lignes, c'est courir à une mort certaine et inutile. Non ! notre nombre ne nous permet pas cette manoeuvre.
Il reste une dernière chance à tenter, un dernier risque à courir, le Nord-Ouest !
La colonne s'est remise en marche et dévale dans la seule direction présumée (avec bien peu de conviction) ! encore libre. Nous ne nous berçons pas d'illusions, et chemin faisant chacun s'assure si le chargeur est bien fixé à son arme.
En se faufilant dans les sentes broussailleuses, d'un pas leste, en véritables Ardennais, les Maquisards fermement vont vers leur destin !
Malheureusement, si les allemands se trouvant face à la prairie ont perdu pour un moment toute velléité d'approche, les autres progressent sous le couvert du bois, et peu à peu s'infiltrent dans la place.
Notre groupe doit à présent se défendre de trois côtés à la fois, notre effectif, réduit, n'offre guère la possibilité d'opposer un tir efficace dans trois directions, et l'on ne sait plus trop bien comment se dissimuler.
Les balles sifflent de partout, hachant les buissons et soulevant de véritables tourbillons de feuilles mortes.
Le sergent Romain BRION, hors de combat, le visage exsangue, passe sa mitraillette à Camiile MONIN, dont la carabine est enrayée.
Simon COLAUX, tireur du F. M. laisse échapper son arme, et roule par terre, sa main crispée sur une blessure mortelle, en geignant doucement, inconscient, il succombe après quelques minutes.
Tandis que Marcel DEVRESSE, légèrement ahuri, considère avec étonnement sa main mutilée par trois balles, d'un air piteux, il montre sa mitraillette déchiquetée par une rafale à bout portant, car la mêlée est devenue d'une telle confusion, que les allemands sont mêlés aux belges dans les mêmes broussailles, on se tue, bien souvent sans se voir. Une fougère qui s'agite, c'est un ennemi qui rampe et dès que l'on distingue du gris, on l'arrose aussitôt d'une sèche rafale.
Singulier rafraîchissement ! doivent penser les boches.
Faut-il avancer ou reculer ? Où est l'ennemi ? Où sont les amis? Nulle part et partout ! problème insoluble que l'on ne cherche plus à élucider, c'est une mêlée confuse, un corps à corps sauvage, inhumain, ou deux adversaires brusquement se découvrent et s'égorgent !
Il arrive que l'on se trouve tout à coup nez à nez avec un ou plusieurs boches, et c'est le plus rapide qui gagne cette terrible joute, un rien d'hésitation peut vous coûter la vie.
Les belges tous armés d'armes automatiques, ont la supériorité sur l'adversaire, celui-ci ayant laissé en grande partie ses armes automatiques en position pour soutenir l'avance des sections d'assaut.
Nous refluons individuellement, par bonds successifs et rapides, opération difficile, car il faut se
mouvoir dans une grêle de balles.
Paul BERTRUMÉ, mortellement blessé, s'est dégagé, incapable de poursuivre le combat ; agonisant, il se traîne à l'écart, laissant sur son passage un sillon sanglant, il cherche à s'isoler pour aspirer encore quelques bouffées d'air pur, sous un buisson il trouvera encore la force d'arracher une page à son carnet et d'écrire un bref adieu sur ce chiffon de papier maculé de sang, il traduit en lettres hachées et incertaines, tout ce que son coeur renferme de grandeur et d'amour.
Marcel BOURGUIGNON, de son côté s'est élancé dans une course folle, vers le camp de Hautfays, il s'engage dans les prés, les allemands ne tirent pas sur lui... Il a bien parcouru 200 mètres et se croit sauvé, quand une décharge l'étend par terre. Le malheureux parcourait un champ de diseaux truffés de boches, ceux-ci dans l'espoir sans doute d'attirer les autres survivants, s'étaient bien gardés de tirer plus tôt, voyant que l'appât ne donnait rien, ils eurent beau jeu de fusiller notre malheureux camarade.
Léon HALLET et Joseph LÉONARD, côte à côte embusqués sous un rocher en surplomb brûlent consciencieusement leurs munitions, quand une grenade explose à deux pas. Mais jouiraient-ils d'une protection occulte ? aucun d'eux n'est touché.
Cependant, peu après, Léon HALLET tombe à son tour, le crâne à moitié enlevé par une balle ; la mort est instantanée, et Joseph LÉONARD s'empresse de quitter ce lieu inhospitalier, mais il joue de malheur et se trouve face à trois allemands, qui, en file indienne rampent dans les bruyère  ; d'un coup de carabine, notre camarade envoie le premier dans un monde meilleur, le deuxième n'a pas le temps de tirer et suit le même chemin ; c'est alors seulement que le troisième aperçoit notre compagnon, et surpris ouvre de grand yeux stupéfaits, qu'il referme aussitôt, et pour cause !
Les S.S. allemands sont gens de bon ton et aiment à plaisanter, l'un d'eux glapit " Haut les mains ".
— Miséricorde ! et pourquoi donc faire ...?
La réponse est immédiate et pas du tout du goût de l'imprudent, qui se signale ainsi à l'aimable attention de nos tireurs.
Le combat touche à sa fin ; exténués, les belges luttent désespérément, les allemands veulent en finir, et, en hurlant, attaquent sans répit. Il est vrai qu'ils n'ont pas soif, eux ! et que l'on eu soin, avant l'attaque, de leur donner à boire pour endormir leurs crantes et leur inculquer, comme disait Steinmetz, l'idée de la victoire.
Pas à pas, nous reculons, du moins ceux qui le peuvent, car il reste des blessés, des isolés entourés d'ennemis et qui ne parviendront pas à se dégager. Pour ceux-là c'est la mort ; ils le savent ! et froidement, tirent jusqu'à ce que criblés de coups, ils succombent.
Tel sera le sort de Jean BRION, Albert JACQUES, Jean DENONCIN, Henri DENONCIN, André STÉVENIN, Albert COLAUX, Camille COLAUX et Franz JANSSENS le jeune flamand tombé en terre wallone.
Sur ce sol tourmenté, les uns après les autres, les hommes tombent, soudain fauchés par les rafales.
Sur ce lieu, s'est soudain abattu un sentiment d'horreur ; ce ne sont que râles étouffés montant des buissons, et qui semblent sortir des profondeurs du sol, ce sont des plaintes longues, angoissantes, des gémissements sourds, des mots inarticulés, des sons heurtés et rauques. Ah ! ces appels de blessés que la soif dévore, ces râles de pauvres mutilés, que la mort tarde à délivrer de leurs souffrances.
Quelle chose épouvantable dont on n'oublie jamais la résonance lugubre.
Le Lieutenant, voulant tenter une dernière parvient à rassembler la plupart des survivants et décrochant rapidement, notre groupe s'enfonce dans la forêt.
Pour nous, c'est la dernière carte à jouer, c'est le dernier délai.
Harassés de fatigue, les traits noircis par la sueur mêlée à la fumée de la poudre, les mains déchirées par les épines et les ronces, les vêtements en lambeaux, nous partons presque indifférents, à la vie ou à la mort.
Le dernier chargeur sur la mitraillette, la dernière grenade en poche, en avant !
Le moindre buisson peut recéler l'ennemi, la mort peut surgir brutalement à chaque pas de n'importe quel fourré, mais nous sommes tellement fatigués ! et puis oserions-nous envisager le salut possible ?
En rampant. la petite colonne traverse les coupe-feu, et voici que l'espoir renaît, encore un coupe-feu à franchir et la zone dangereuse est passée, et... oui., la dernière clairière est dépassée sans un coup de feu.
Est-ce possible ! le cauchemar est fini.
Et le camarade Max DIEZ, traduit le sentiment général par un large sourire, tandis qu'il consent enfin, à ôter son imperméable, qu'il a gardé durant tout le combat, malgré une chaleur intolérable, il semble également avoir mis un point d'honneur à ne pas abandonner la trousse d'armes du fusil-mitrailleur et les canons de rechange, ce qui représente un poids respectable, mais voilà, quand Max a une idée en tête, bien malin serait celui qui lui ôterait de là.
Il est midi, la bataille a duré près de trois heures.
Les allemands postés sur ces chemins, appelés sans doute en renfort, dès le début de l'engagement avaient sans s'en douter ouvert un passage à notre équipe.
La tuerie est finie et les allemands, maîtres du terrain, rassemblent les victimes, ils ne trouvent cependant pas le restant des autres rescapés, dissimulés sur le terrain même, sous des tas de branchages.
Ce jour là, Monsieur l'Abbé LEFÈVRE, Aumônier du Groupe, devait faire la visite des camps de notre Section avec Monsieur le Curé de Rienne.
Passant au camp d'Hautfays, avant de venir chez nous, ils entendirent le bruit de la bataille, sans se rendre compte exactement de ce qu'il en était. Ils décidèrent d'alerter aussitôt le Lieutenant VINCENT, Chef de Section, qui se trouvait dans le camp de Gedinne distant d'environ 7 kilomètres. Celui-ci sur le champ envoya une patrouille de reconnaissance avec mission de prendre des estafettes au camp de Hautfays, et d'aller sur place voir exactement ce qui se passait, afin de faire une contre-attaque immédiate avec les Sous-Sections de Hautfays et de Gedinne.
Malgré son empressement, cette patrouille n'arriva sur place que lorsque le combat avait pris fin. Les baraquements achevaient de brûler, les allemands avaient ramassé leurs morts et s'étaient dépêchés de quitter les lieux du carnage Seuls quelques restes de pansement allemand témoignaient de la réalité d'une bataille.
Après avoir fouillé le bois pendant près de deux heures pour retrouver la trace des Maquisards et recueillir éventuellement les blessés, après avoir passé à côté de rescapés cachés sous des branchages et qui n'osaient pas se montrer craignant que ce ne soient quelques boches attardés, le chef de patrouille décide d'aller rendre compte de sa mission.
C'est alors que les deux estafettes de Hautfays, prenant un raccourci pour rejoindre leur camp, trouvèrent le Docteur VAN SCHEPDAEL et quelques autres survivants qui s'étaient découverts en entendant parler français, parmi eux, Hubert DENONCIN ; ensemble ils firent la découverte effrayante de 13 corps alignés au pied de la colline, méconnaissables, pauvres corps meurtris de plaies atroces !
Parmi les cadavres, Hubert DENONCIN eut l'horreur de reconnaître deux de ses frères. Encore ne connaissait-il en ce moment qu'une partie de l'horrible réalité, son troisième frère, Maurice, devait subir un sort bien plus terrible.
Maurice DENONCIN luttant de concert avec Jules GÉRARD, tombèrent vivants entre les mains des allemands, leurs armes s'enrayèrent-elles ou bien à court de munitions durent-ils se rendre ? mystère ! Toujours est-il que les allemands s'emparèrent d'eux.
Retracer le calvaire de ces deux malheureux, d'écrire le martyre physique et moral qui fut le leur, est impossible, et l'on ne connaît qu'une partie de la vérité. Nous dirons simplement qu'ils furent traités avec tous les raffinements et la correction que la kultur allemande a inculqués à la race des seigneurs.
Après les avoir attachés par des liens communs, les S. S. les emmenèrent à Bièvre, un sac de munitions de 30 à 35 kilos pendu au cou, pour effectuer un trajet de près de 10 kilomètres.
Les allemands couronnèrent dignement cette belle action en les tuant à coups de bâton après les supplices d'usage.
La section perdait en cette journée, 17 hommes, soit la moitié de l'effectif. Tel est le bilan.
Les allemands pour cette attaque, avaient alignés près de 1200 hommes, cette expédition minutieusement préparée, n'avait cependant pas atteint son but, puisque la moitié des Maquisards parvinrent à s'échapper.
Les dispositions avaient cependant été prises pour anéantir toute la section, et le Major aIlemand commandant l'expédition, déclarait écumant de rage, " Nous avons plus de 100 morts à venger à Graide ".
Tel est le récit que je me suis efforcé de faire en toute objectivité, il n'est certes pas parfait ! que les camarades me pardonnent si certains détails importants ont été omis, ils savent comme moi, combien il était difficile d'analyser et de coordonner exactement le scénario complet du combat.
Mon but a été d'en retracer les grandes lignes; en évoquant une partie des détails, j'ai résolument négligé des faits soupçonnés, mais dont je n'ai pas la certitude.
Ce récit sera en même temps une mise au point.
La confusion et les multiples façons de raconter cette histoire, ont en certains moments donné
leu à des critiques tactiques, qui, je le pense et les lecteurs en jugeront, n'ont pas lieu d'être.
Et puis faut-il le dire ! la critique est aisée et l'art est difficile.

HUSTIN N.

4. N'oublions jamais !


Voici enfin un troisième récit  de la bataille de Graide qui apporte encore son lot d'anecdotes et précisions  intéressantes.

A la Mémoire des héros tombés au Bois de Graide le 1er septembre 1944.


N'oublions jamais, car l'oubli des héros est un crime !

Nous venons de vivre une tragédie sans nom qui a plongé la région dans la consternation. La cruauté de cette scène a montré au grand jour le caractère perfide de certains et crie vengeance non seulement sur terre, mais au ciel.

Nous avons frémi d'horreur et nous avons pleuré. Nous avons juré de ne pas oublier la mémoire des absents et nous avons désapprouvé tout haut les responsables, que, dans notre colère légitime, nous aurions voulu châtrer nous-mêmes. Nous avons par là manifesté notre sympathie totale aux familles des chers disparus.

Avec courage, en silence, nous avons repris nos travaux des champs. Seuls, sans avoir le soutien et le réconfort de la présence de ceux qui se réjouissaient d'être maintenant à nos côtés, nous arrachons les pommes de terre qu'eux-mêmes avaient plantées, et, nous ensemençons pour les  moissons futures, tandis que, par-dessus les brumes de l'automne, plane la pensée de nos frères qui, pour nous, sont morts, en défendant notre sol.

Continuons notre travail, mais unissons-nous tous à la cause du droit et de la justice à laquelle notre récit tâche de contribuer.

A Gralde, le 24 octobre 1944.


Nous nous permettons d'attirer l'attention du lecteur sur ce fait qu'il n'est pas encore possible de reconstituer en détails, et avec toute la précision qu'on pourrait exiger, la scène tragique, qui formera dans l'histoire une page pleine de leçons pour l'avenir.

Les témoins émettent des avis discordants, parfois même contradictoires : leur imagination et leur coeur trompant leur mémoire, tendent à exagérer et à dénaturer les faits.

Nonobstant, nous nous efforcerons d'être aussi objectifs que possible. Nous tâcherons de compléter, dans un article ultérieur, le récit de cet épisode eu l'appuyant de documents: plan du refuge, etc... et en l'éclairant de renseignements complémentaires.



Glorieuse et Sanglante Epopée du Refuge de Graide



EMPLACEMENT DU CAMP.

Le Refuge de Graide campait au nord-ouest de la commune, aux confins du territoire de Haut-Fays et de Gembes, au coeur d'une vaste forêt appelée les Houlines, non loin d'une ferme isolée dite la Vrainchenet.

Il s'appuyait, au nord, au refuge du Bois de Haut-Fays dont il était séparé par une gorge de pré où coule le ruisseau de Rancenne et que devait traverser leur sentier de liaison.

Il est à 35o pas de la lisière qui longe la gorge de pré, "Sous le Tienne", à mi-côte sur le raidillon face à Graide, clans un taillis de chênes et de bouleaux. Il était fait de cabanes en branchages, une au centre pour le Chef de Sous-Section et son Adjoint; trois autres, respectivement deux à droite, en montant, pour les escouades. de Graide et de Naomé ; la 3e un un plus haut, à gauche, pour l'escouade de Patignies ; en outre, une cabane-cuisine avec trois foyers de pierre, avec à sa droite une cabane-chapelle construite par l'escouade de Naôrné. L'intention de Romain Brion , qu'il faut recueillir pieusement, était de la remplacer après la guerre par une chapelle de pierres, dédiée à la Sainte Vierge.

Au pied du versant, devant la fontaine, où nos soldats descendaient puiser l'eau, veillait une sentinelle, pour observer le chemin venant de Graide et le pont sur le ruisseau de Bièvre. Sur la hauteur, une autre sentinelle guettait vers le chemin, qui est l'ancienne route de Gedinne-Station à Graide.

D'après l'avis des nombreux visiteurs du camp, l'emplacement présentait toutes les  garanties de sécurité. Les hommes furent toujours extrêmement prudents.

Mais, hélas! malgré toutes précautions, l'existence de ce maquis fut dite aux oreilles des Boches. Il n'existe qu'une seule hypothèse à retenir: la dénonciation.


SON ORGANISATION MILITAIRE.

Les soldats avaient reçu le brassard jaune et le Badge à la gueule de Lion de l'Armée Belge d'Angleterre. Le brassard leur donnait la qualité de combattant.

lis étaient armés de mitraillettes anglaises, de carabines américaines. Et le groupe disposait d'un fusil-mitrailleur anglais, de grenades et d'explosifs. Ces brassards, ces armes et les munitions, d'environ 30o cartouches par homme, avaient été parachutés durant les mois précédents.

Le refuge appartenait à un groupe de 8 cantonnements de Sous-Sections qui constituaient dans la région le Groupe C du Secteur 5, dit de Gedinne, de la Zone V. La mission reçue d'après les ordres du Haut Commandement Allié était d'abord d'exécuter des destructions de voies de communication, ensuite, lors du repli des Boches, de déranger leurs colonnes sur les routes, d'inquiéter leurs arrières et de harceler leurs groupes de décrochage.

Les soldat attendaient l'heure de passer l'action, en s'exerçant au maniement des armes et en construisant leurs cabanes.


PRELIMINAIRES DE LA BATAILLE.

Vers la mi-août, les chefs donnèrent l'ordre de rassembler les Escouades de Graide, de Naomé et de Patignies et de les installer au Bois.

Le drame peut être reconstitué:

L'attaque a été préparée en tous points.

Le 31 août après-midi, veille de la tragédie, des voitures allemandes s'arrêtent sur les routes de Gembes et de Porcheresse. Ces voitures étaient occupées par des officiers munis de cartes en vue d'une reconnaissance des lieux. Une patrouille boche vint vers 16 heures dans les villages de Graide, puis de Porcheresse, rechercher les hommes que les "indicateurs" avaient signalés comme membres des Forces de Résistance et qu'ils faisaient nommer les Bandits et les Terroristes.

En même temps, les forces ennemies se concentrent: 6OO Boches, dit-oh, sont amenés de Dinant par train spécial et débarquent à Gedinne, 15o sont détachés de Bertrix, toutes les garnisons SS de Bièvre et de Gednne, disons 3oo hommes, y sont aussi dirigées; si bien qu'on peut évaluer à plus d'un millier le nombre de Boches disposés aux abords de Graide. Les Boches ont des mitrailleuses et un lance-grenades.

La nuit, ils se mettent en position, utilisant les meules de paille ainsi que les champs de betteraves pour se camoufler.

Ils vont attaquer 37 Belges qui veillent paisiblement.

L'aube du 1er septembre se lève, rayonnante de soleil.

Des patrouilles arrêtent les cultivateurs qui mènent le bétail aux prairies et interdisent la circulation.

A 8 heures, nos braves achèvent de déjeuner et parient du jour, aujourd'hui ou demain, où ils pourront fièrement sortir du maquis, attaquant les Boches pour aider les Libérateurs.

Mais la sentinelle qui veille à la source a vu les Boches passer le pont du ruisseau de Bièvre et donne l'alerte au camp: "Les Boches sont là". De plus en plus nombreux, les Boches sortent de leurs repaires.

Le Chef donne l'ordre de rejoindre le camp de Haut-Fays. Avec calme et en silence, nos vaillants soldats prennent armes et bagages. Ils savent que le Boche a peur et n'ose pénétrer dans les bois pleins de secrets pour lui. Mais aux lisières du bois, les Boches sont en nombre qui les guettent. Les attaquer serait téméraire et vain. Au cours du repli, des coups de feu s'échangent. Graide, Porcheresse, Haut-Fays entendent avec effroi les détonations dont l'écho se prolonge dans les profondeurs des bois.


LA BATAILLE

Il est un peu plus de onze heures.

Une nouvelle tentative d'échapper à l'enveloppement par le côté de la route de Graide-Gembes rencontra un tir de barrage. Le bois était tout entier cerné et toutes issues verrouillées. La Sous-Section se déploya sur l'escarpement rocheux qui fait face au Bois de Haut-Fays. L'adjoint-chef de Sous-Section mit en position sur un éperon le fusil mitrailleur. Il tira les premières rafales. Les fusils, les mitrailleuses et le lance-grenades boches concentrèrent leur feu sur l'éperon.

"Plutôt mourir que se rendre", tel est le désir de chacun. Installés sur la roche qui surplombe la prairie, nos braves répondent avec décision à la mitraillade ennemie. Stoïques, ils regardent la mort en face et n'hésitent pas. Le combat fait rage : les balles sifflent, coupant les branches, rognant le roc. Nos Belges frappent avec succès dans les rangs des ennemis. Geignant, des Boches tombent. Haut-Fays et Gembes assistent du haut des hauteurs à cette bataille. Des Boches tombent toujours. Echelonnés sur la roche, les Belges furent pris à revers par les Boches qui avaient pénétré sous le Bois par le côté de la Fontaine et qui, en passant, avaient mis le feu au cantonnement. Dans la prairie, un "Haut les mains" retentit. Ah ! ces Boches, pour qui prennent-ils les Belges  "qui n'eurent que le tort d'être trop peu nombreux". Se rendre ! Jamais ! Plutôt mourir face au devoir ! Mourir pour la Patrie ! Et les bois frémissent et d'orgueil et de rage. Adieu, chers maquisards ! adieu, douce forêt d'Ardeimne !.. Les Boches, furieux, redoublent de rage; la mitraillade crépite et fauche. Sans un cri, sans une plainte, des Belges meurent, tandis que leurs camarades peuvent s'enfoncer sous les taillis. Le feu du combat cesse.

Il est midi et demi.


LES MARTHYRS.

Romain Brion et onze près de lui sont tombés sur la roche. Noël Legrain blessé essaye de gagner la ferme et meurt épuisé dans le bois le long de la route de Gembes.
Marcel Bourguignon est blessé mortellement, lors'qu'il tente de passer à travers le découvert de la gorge de pré le ruisseau de Rancenne; il atteint un champ et se couche dans un "dizeau"  d'avoine, où les Boches le trouvent. Paul Bertrumé est blessé à mort, il peut noter encore les mots d'Adieu et de Pardon sur son carnet où son pouce met une empreinte de sang. Il meurt seul, à l'écart dans le bois.

Inclinons-nous devant leur héroïsme. Les Belges savent mourir. C'est grâce à leur sacrifice, à leur mort héroïque que leurs camarades ont pu s'échapper. Hélas ! deux d'entre eux, Maurice Denoncin et Jules Gérard, faits prisonniers dans le bois, furent ramenés à Graide vers 3 heures, torturés puis fusillés par les brutes teutonnes dans la cour de l'hôtel des Ardennes, à Bièvre.


André BARBIER, né le 26 juin 1923, figure populaire de la Famenne, maquisard du groupe de la Croix-Scaille et cousin de Jules GERARD tient encore a nous confier aujourd'hui :" Mon cousin, Jules Gérard , du maquis de Graide, est mort après avoir été traîné derrière une jeep allemande, sur plusieurs kilomètres... Je ne peux pas oublier ...."

Hôtel des Ardennes à Bièvre

Façade de l'Hôtel des Ardennes à Bièvre
Seuls, quelques grands arbres doivent encore se souvenir !
Cour de l'Hôtel des Ardennes à Bièvre

Cour de l'Hôtel des Ardennes à Bièvre
Actuellement la Pharmacie de Bièvre a remplacé cet hôtel


Entretemps, les Boches ont réquisitionné des chariots pour emporter les corps des SS tués: "Nous avons, dit à Graide le Major, à venger une centaine de morts. Grande bataille, grande bataille " Les gens des villages ont cru à  un combat de parachutistes.

Ce n'est que le lendemain, le samedi, à l'aube, que la la fatale nouvelle se répandit peu à peu au village, quand les corps des héros, traînés par les Boches en bas de la roche sur la prairie, furent découverts par un braconnier de Graide.

Décrire l'abattement, la prostration des villageois ? On n'ose croire à une aussi terrible nouvelle. II fallut cependant se rendre à l'évidence et admettre la dure réalité.


Rendons l'hommage de toute notre admiration et de notre entière gratitude aux héros tombés sur la terre de Graide. En visitant ces forêts qui ont abrité leurs derniers jours, en refaisant le chemin qu'ils ont parcouru, pensons à eux et respectons ces lieux, car ils sont pleins de grandeur sacrée. Dix-sept braves, dénoncés, y ont versé leur sang pour nous.

N'allons pas chercher plus loin des exemples d'héroïsme. Chez les Grecs, 3oo Spartiates en lutte contre 10.000 Perses sont trahis par Ephialte. Avec leur chef, Léonidas, ces 3oo braves, plutôt que de se rendre à leurs ennemis, tombent au défilé des Thermopyles.

Chez nous, sur la terre ardennaise, dix-sept vaillants, livrés, eux aussi, par des traîtres aux haines d'un ennemi d'une supériorité effrayante  - il était un millier - se sacrifient plutôt que de se rendre.

Ardennais, n'oublions jamais l'exemple de nos disparus.

Les prémices de leur héroïsme sont dans leur engagement lorsqu'ils acceptaient les dures conditions et les risques particuliers de l'Armée Secrète. Ils ont moissonné la gloire sur la roche de leur mort, et Dieu a requis leur sang pour le salut de la Patrie.

La Justice militaire distribuera l'équitable prix du sang.

Le Bois, la Roche et les Tombes à Graide, à Naorné, à Patignie,à Malvoisin seront les lieux de pèlerinage de notre piété nationale et chrétienne.

Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
Ont droit qu'à leurs cercueils la foule vienne et prie.
Victor HuGo.


L'Adjoint au Chef de Sous-Section:
Romain BRION,

De l'Escouade de Graide
Pau1BERTRUMÉ,
Jean BRION,
Léon HAL LET,
Albert JACQUES, de Graide.

De l'Escouade de Naomé;
Le Chef d'Escouade: Jean DENONCIN, Maurice et Henri, ses deux frères,
Marcel BOURGUIGNON, de Naomé
Franz JANSSENS, d'Anvers,

De l'Escouade de Patignies:
Albert COLAUX, de Malvoisiii.
Camille COLAUX, de Patignies.
Simon COLAUX, de Malvoisin.
Jules GÉRARD, de Patignies.
Noël LEGRAIN, d'Auvelals.
Edouard PISVIN, de Bruxelles.
André STÉVENIN, de Patignies.

Pro Aris et Focis.
Pour nos Foyers et nos Autels,

Editeur responsable : Dom Robert DURIEUX,
202, rue de Malines, Louvain.

5. Hommage aux maquisards de Naômé



Priez Dieu pour le repos de l'âme de

Marcel BOURGUIGNON

Jean DENONCIN

Maurice DENONCIN

Henri DENONCIN

François JANSSENS


tombés sous les balles ennemies
le vendredi 1er Septembre 1944

Ils ne sont plus ...


Un pays excédé d'injustes violences
Trouve parmi les siens, véritables héros,
De quoi se libérer, reprendre confiance,
Retrouver en un mot la joie et le repos.

C'est dans ce noble but, qu'une de ces nuits d'août
Ils s'étaient réunis, au centre d'un grand bois,
Quittant ce qu'ils avaient de plus cher, de plus doux,
Pour aider à chasser l'Allemand aux abois.

Mais il y a, hélas ! des âmes par trop basses
Pour pouvoir supporter pareille décision,
Des âmes qu'on devrait anéantir sur place,
Châtiment mérité, de toute trahison.

Ils l'ont payé trop cher, ces braves petits gars,
Leur magnifique élan, leur départ magnanime.
Ils furent dénoncés et mis par un Judas
Aux mains d'un ennemi, de rage prêt au crime.

Traqués sauvagement par la horde Teutonne,
Ils en tuèrent cent, puis ils durent laisser
La terre sous leurs pas, de leur sang qui bouillonne
D'un rouge étincelant, lentement se teinter.

De ces jeunes héros, ce fut l'épopée,
Dont Naômé retire un enviable honneur.
Que dans chaque mémoire, elle reste gravée,
Pour mieux en savourer la réelle valeur.

Ils ne sont plus ... c'est vrai, mais une mort si belle
Centuple la longueur de la vie ici-bas.
L'offrande qu'ils ont fait, de leur vie mortelle
Leur a déjà valu la paix de l'au-delà !

HANOUL J., Curé.
R.  I.  P.

IMP. BODSON-LABBE, PALISEUL

6. Enterrement des Maquisards de Naômé




Copyright  ©  Cédric Evrard



Copyright  ©  Cédric Evrard

7. Maison parentale Denoncin à Naômé


Plaque commémorative de l'Armée Secrète Zone 5 Groupe C

( sur la droite de la façade)

Joseph DENONCIN (1880-1956) et Hermance HUBERT (1884-1973) de Naômé étaient les parents d'une famille de 8 enfants, dont Jean, Maurice et Henri, combattants des troupes secrètes, tués dans la tragédie du maquis de Graide.

Maison parentale Denoncin à Naômé

8. Le maquis, d'où vient-il ?


Le 28 mai 1940, après 18 jours de combats, l'Armée Belge se trouve acculée à la mer. Pour sauver ce qu'il en reste, Léopold III capitule et reste avec ses troupes. Les ministres, eux, sont tous partis pour l'Angleterre.

Les armées allemandes occupent le pays et mettent en place une administration militaire qui regroupe le territoire Belge et le Nord de la France (Départements du Nord et du Pas de Calais), sous la direction du général Alexander VON FALKENHAUSEN.
En l'absence des ministres, les allemands mettent en place en Belgique une administration civile, qui est confiée à des fonctionnaires ministériels de haut rang, qui prennent le titre de «secrétaires généraux». Ce sont eux qui vont régir l'approvisionnement en denrées alimentaires de la population,  la distribution du charbon et de toutes les matières indispensables, en quantités minimes, cela s'entend, après que les allemands aient pris ce qui leur convenait (bois,charbon, fer, grains, etc.) Ils ont donc toute autorité pour diriger, sous la coupe des allemands, toute l'administration du pays.

La vie sous l'occupation s'organise tant bien que mal. Mais au fur et à mesure que la guerre se poursuit, sur le front russe notamment, la pénurie de main-d'oeuvre se fait sentir en Allemagne : les hommes sont au front, beaucoup sont morts ou prisonniers ; ce sont en premier lieu les femmes qui prennent la place des hommes dans les fermes, les usines, les commerces. Mais ce n'est pas suffisant. La main-d'oeuvre fait de plus en plus défaut et les allemands entament une propagande effrénée pour engager les ouvriers belges et autres à aller travailler volontairement en Allemagne, en leur faisant miroiter un tas d'avantages.

Dans les pays occupés, un faible pourcentage de personnes a des penchants favorables aux allemands. C'est dans leur milieu que se recrutent les premiers volontaires ; d'autres, surtout en ville, poussés par la pauvreté et la nécessité de nourrir famille et enfants, se joignent à eux ; mais c'est loin d'être suffisant.

Intervient alors, le S.T.O, le service du travail obligatoire en Allemagne. Les allemands mettent en place une organisation qui va obliger tous les jeunes gens à se présenter dans les bureaux de la Werbestelle qui sont installés dans chaque arrondissement.

Là, le jeune présente tous les papiers qu'il a pu recevoir pour prouver l'absolue nécessité qu'il demeure en Belgique pour y assurer les postes qu'il occupe dans les domaines du ravitaillement, du charbon, du bois (nécessaire dans les mines) ou de tout autre service indispensable à la vie du pays… (et de l'Allemagne). Un bureau statue sur chaque cas, le jeune passe une visite médicale et reçoit un sauf-conduit, ou bien doit partir en Allemagne. Ceci n'est pas sans danger, avec les bombardements alliés qui pilonnent les usines en Allemagne.

Ces jeunes gens désignés pour partir n'ont plus qu'une solution : se cacher. C'est en réunissant ces réfractaires que les premiers groupes de résistants sont apparus : «l'Armée Blanche», comme on les appelait.

Au début, cela n'alla pas tout seul, car des bandits, des voleurs, des gens malintentionnés ont aussi pris le nom d'Armée Blanche, et en ont profité pour piller les fermes isolées et y voler, sous la menace, tout ce qui leur tombait sous la main. Puis les partis politiques ont voulu avoir chacun leurs résistants et il s'est formé différents groupes d'obédiences diverses.

Il fallait aussi que les résistants soient reconnus par les autorités de Londres, que des chefs soient reconnus, que des aides en matériel leur parviennent et que toute l'organisation se mette en place.

Ces réfractaires, il fallait les utiliser pour lutter contre les Allemands. Comment ?

En leur confiant d'abord des tâches de renseignements sur les mouvements de troupes, les transports ferroviaires, travaux entrepris et autres ; puis en second lieu, en perturbant les communications allemandes (sabotage de lignes électriques, de lignes téléphoniques (allemandes, surtout) ; sabotage de locomotives, obstructions des tunnels, par des trains qu'on laissait repartir en marche arrière, après que l'on ait déboulonné des rails dans le tunnel.

Tous ces sabotages ont entraîné chez les allemands des sentiments de haine vengeresse envers les «terroristes», comme ils les appelaient. Mais la crainte de ces groupes de maquisards, regroupés en camps dans les bois, a aussi entraîné chez les allemands un sentiment de crainte qui empêchait ceux-ci de les poursuivre dans les forêts.

Les déplacements de militaires sur route ne se faisaient plus qu'en colonnes, que le maquis a attaqué en divers endroits. Ces combats, bien souvent inégaux, ont été l'occasion de beaucoup d'actes de bravoure… et aussi de pertes… chez les maquisards.

Ces combats ne se sont produits qu'après le débarquement du 6 juin en Normandie, lorsque le front allié se rapprochait de nos régions et que la libération n'était plus qu'une question de jours ou de semaines.

Revenons au maquis de Graide. Ici, ce ne sont pas les maquisards qui ont attaqué une colonne ou un groupe d'allemands. Ce sont ces derniers qui ont encerclé les bois et le camp et repousser les maquisards jusqu'au funeste rocher où ils sont tombés. Comment ont-ils osé entreprendre une pareille action ?

La seule réponse est que le camp a été vendu, que les allemands ont été mis au courant suffisamment tôt pour leur permettre de mettre sur pied une opération d'une telle envergure qu'elle a nécessité la venue de troupes stationnées à Bièvre, Bertrix et Dinant.

9. Le Maquis de Graide


L'heure des questions


La sous-section de Graide, forte de 37 hommes, commandée par le lieutenant Robert HUSTIN,  avait implanté son camp à la mi-août, sur un versant boisé entre Graide, Haut-Fays et Gedinne, non loin de la ferme de l'Avrainchenet.

Carte Maquis de Graide

  • Cercle rouge = Camp du maquis
  • Rectangles rouges = Positions allemandes encerclant le maquis

Positions retranscrites à partir du plan de Nicolas HUSTIN.
Livre de Cédric Evrard, Jean SABEAU - Sa vérité.


En effet, le 31 août 1944, les officiers allemands aperçus dans la voiture noire aux abords de la ferme de l'Avrainchenet étaient bien en repérage afin de peaufiner leur plan machiavélique. Les cartes ci-dessus représentent les positions des différents pelotons allemands, judicieusement répartis le long les voies d'accès, en pleine forêt. Elles témoignent que cette opération fut méthodiquement préparée et vraisemblablement depuis quelques jours puisqu'elle nécessita la mobilisation de différentes forces terrestres , 1200 hommes lourdement armés, appuyés aux endroits stratégiques par de fusil-mitrailleurs.  Ces soldats seront acheminés de Bièvre (l'unité Einbeit 59473 F de la Kriegsmarine), mais aussi de Dinant et de Bertrix. Ils vont profiter d'un lever du jour embrumé pour préserver au mieux un effet de surprise. Les différents récits des survivants relateront unanimement une progression initiale des troupes allemandes du sud vers le nord, c'est-à-dire du ruisseau des Rives vers le ruisseau de La Rancenne,  ainsi qu'une poussée latérale d'est en ouest à partir de la ferme de l'Avrainchenet. Sur ces 2 axes les soldats vont avancer en fronts serrés et en poussant des cris gutturaux, peut-être pour se donner du courage ou se rassurer, mais surtout pour effrayer les maquisards et  les repousser vers le nord où les attendent blottis dans les sous-bois le restant de leurs  troupes. L'issue possible à l'ouest  vers Bièvre étant  elle aussi solidement gardée, les 37 maquisards comprirent bien vite qu'un affrontement ô combien inégal était leur seule chance de salut. Au nord et à l'est, une large bande de terrain à découvert leur enlevait tout espoir d'évasion . L'encerclement était sans faille.

Une opération de telle envergure en plein massif forestier, là où d'ordinaire les allemands rechignait à s'aventurer, pose toujours question. Cette "battue" ne put être imaginée et planifiée sans une féroce volonté de hautes instances militaires, possédant des indications formelles et précises sur la nature et l'emplacement du camp du maquis de Graide. Une infâme dénonciation va coûter  la vie à 17 maquisards.


Les rexistes et pro-allemands


Pour analyser objectivement cette tragédie historique, il est nécessaire de la replacer dans le contexte de l'époque.

Pendant ces années noires, le bourgmestre de Bièvre, Arthur DIEZ,  jugé trop patriote, fut  détrôné par LE COUZOT, bourgmestre rexiste de Bièvre. Ce dernier circulait armé, souvent accompagné  de soldats et véhicules allemands. Il  réquisitionnait dans les fermes pour nourrir les familles de collaborateurs du nouveau régime et n'hésita pas à tuer et à blesser 2 frères qui traversaient la localité; il semait la terreur dans toute  la région. Son proche associé, MOUCHET de Bièvre, portait l'uniforme allemand et était en poste à la GESTAPO de Dinant. Sa fille Maguy traînait avec LE COUZOT, son fils servait les allemands à la Légion Wallonne et fut tué au front russe. MOUCHET  sera abattu par le maquis dans un pré proche du "Point d'Arrêt" où il allait prendre le train. 

Dans plusieurs villages, des familles s'associèrent à cette mouvance rexisite, afin de profiter d'avantages et d'influences; misant sur la victoire de l'Allemagne, ils espéraient obtenir de belles fonctions après la guerre. La région de Bièvre était donc particulièrement dangereuse pour les maquisards et la population, un climat de méfiance générale s'était installé.

Après le débarquement du 06 juin 1944, le vent commençait à tourner, les allemands battaient en retraite, les missions d'exécution des collabos se multiplièrent. Citons Maurice BOCLINVILLE de la ferme des Gêves, qui circulait armé, souvent  en compagnie de son ami LE COUZOT. Il fut enlevé par le maquis et son corps sera retrouvé après la Libération. Un certain LAMBERT de Vresse fut abattu à la plate-forme de Vresse (épingle à cheveux sous Petit-Fays), alors qu'il rentrait d'une visite mortuaire chez MOUCHET.
A Graide-Station encore, on se méfiait du facteur Louis LAMOTTE et il était de mise de ne pas trop parler en sa présence.

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive et ne reprend que les  personnages les plus affichés. Suite à ces exécutions, par peur d'autres représailles, les familles de rexistes du coin furent regroupées sous protection à Dinant

Pour décrire l'atmosphère de terreur qui régnait dans nos  villages, voici  un dernier témoignage. Alexandre MODAVE, des Misères, était étroitement surveillé par les contrôleurs des réquisitions. A la fenaison 1944, Eloy COLLIGNON qui travaillait chez les Albert lui apportait en vélo des pièces de machines agricoles. Un véhicule de la  GESTAPO dans lequel se trouvait LE COUZOT le croisa sur la route. Il fut interpellé et emmené. Peu de temps après, son corps gisait le long du mur du cimetière de Vonêche. Parmi les assassins, des traîtres belges ! Une honte ! Lors de ses funérailles, alors que le cortège funèbre gagnait l'église, un camion allemand dans lequel étaient LE COUZOT et les GAMBY de Baillamont arriva au village. Tous les hommes, même les porteurs, s'enfuirent à toutes jambes. Il fallut que des femmes reprennent la charrette funèbre pour conduire Eloy à l'église.

Revenons maintenant au Maquis de Graide et à un fait particulier qui mérite toute l'attention.


Dans l'article paru dans le journal CŒURS BELGES  N° 14 du 15 juillet 1947, un maquisard rescapé déclarait au sujet de leur campement : ".. L'optimisme règne quand même, car notre camp est tellement bien situé, loin de tout village, sur la pente d'une petite vallée  isolée, loin de tout sentier frayé dans les bois, qu'il faudrait que nous soyons vendus, pour être pris. Il y a bien des traîtres dans les villages voisins, mais voudraient-ils livrer aux Allemands, des compatriotes… ?"

Pourtant, le 31 août 1944, selon le même témoin : "... Une voiture, pilotée par des officiers allemands, est venue dans les environs et même jusqu'à la ferme se trouvant à la lisière du bois dans lequel le camp est retranché. Il semble que les Boches repèrent quelque chose ; sans doute projettent-ils une partie de chasse dans les environs, une battue, comme c'est leur habitude ; en tous cas, redoublons de surveillance"...

Carte Maquis de Graide

  • Cercle rouge = Camp du maquis
  • Rectangles rouges = Positions allemandes encerclant le maquis
  • Points bleus = Trajet suivi par les maquisards pour tenter de rejoindre le camp de Haut-Fays
  • Point bleu cerclé = Début des affrontements
  • Cercle bleu = Rochers où se déroula la sanglante bataille

Positions retranscrites à partir du plan de Nicolas HUSTIN.
Livre de Cédric Evrard, Jean SABEAU - Sa vérité.

10. Jean SABEAU, un maquisard rescapé. Sa vérité.


Une rencontre


Dans l'ouvrage de Cédric Evrard, Jean Sabeau de Naômé, un des 37 maquisards, nous confie :

"En ce beau mois d'août 1944, une semaine avant la bataille, j'assume mon tour de garde à l'orée du bois de la Virée des Houlines, entre Gembes et Graide, au sud du camp. L'endroit est calme, austère.
La mitraillette Sten à l'épaule, j'écoute le vent se faufiler entre les branches lorsque, soudain, une silhouette apparaît au loin. Je me jette en arrière mais trop tard. L'intrus se dirige vers moi. Je reconnais mon cousin Charles JACQUES. La serpe à la ceinture, il prétend avoir été travailler dans son pré. Surpris de me voir armé dans ce bois, il me demande :
  • Jean, que fais-tu là ?
Je lui répondis :
  • Ecoute, Charles, je devrais te faire prisonnier, te ramener au camp. Jure-moi sur la tête de ta regrettée mère que tu ne diras mot de notre rencontre et je te laisserai aller.
  • Tu ne voudrais pas, Jean,  que je parle de cela!, me répond-il.
Nous nous quittons dos à dos, et de retour au camp, je ne fais vent de cette rencontre à personne, même pas à mon lieutenant. Il s'agit pour moi d'un détail et, de toute manière je n'avais reçu aucune instruction sur ce que je devais faire dans pareille situation. A cet instant, je n'imaginais pas que cela allait être le début d'un drame pour la famille JACQUES"


En effet, alors qu'une ignoble trahison était indiscutablement à l'origine de la mort des 17 maquisards, il fut impossible de décrire les sentiments des Graidois lorsqu'ils apprirent la terrible réalité. Au moment des obsèques des maquisards, en guise de représailles, la maison de la famille JACQUES fut saccagée à la grenade et le mobilier défenestré. Par la suite, la famille JACQUES sera accusée de traîtrise, incarcérée à Dinant, longuement interrogée, puis relaxée faute de preuves tangibles.


Au matin, le 1er septembre 1944


Jean Sabeau nous partage aussi une anecdote complémentaire aux récits repris ci-avant :
"Le premier septembre 1944, je descends comme de coutume vers le ruisseau des Rives pour y faire ma toilette matinale. Accompagné de 2 camarades, je croise la sentinelle Est, Léon Hallet, un ancien gendarme. Nous poursuivons notre descente vers le ruisseau. Après avoir terminé ma toilette, je saisis mon essuie, mais lorsque je relève la tête, j'aperçois soudain cinq Allemands  se dirigeant vers nous, marchant en tirailleur à travers la pairie, le doigt sur la gâchette. Je sais qu'ils sont à hauteur des marécages, recouvert à ce moment de l'année, par des reines-des-prés, plantes marécageuses ornées de fleurs blanches.
Environs septante mètres nous séparent.
"Les Allemands" criè-je. Repérés, nous regagnons pourtant facilement les profondeurs du bois. Je cours en zig-zag pour éviter d'être la cible trop facile d'une fine gâchette. Mais aucun coup de feu ne retentit"


Les soldats allemands ne tirent pas et respectent d'évidence certaines directives, peut-être celle de repousser les maquisards au nord-est de l'encerclement, là où ils devront sortir du bois à découvert.


60 ans plus tard


Jean Sabeau décède en juillet 2010 à l'âge de 87 ans.
Trois ans plus tôt,  au soir d'une  vie tourmentée, il avait souhaité nous partager "Sa vérité" et il concluait :
"Que s'est-il donc passé ce premier septembre 1944 ? Une enquête fut ordonnée ouvrant une voie royale aux spéculations. Pour certains, il s'agit d'une erreur stratégique: le camp est resté trop longtemps au même endroit. Des sentiers s'étaient en effet formés à force de les emprunter. Pour d'autres, cela ne peut être qu'une trahison. D'aucun avancent même l'idée que les Allemands auraient été informés de l'emplacement du camp par le bourgmestre de Bièvre. Celui-ci sera accusé plus tard de collaboration et  fusillé à Namur".

Victorine, la soeur de Charles JACQUES, mon cousin, que j'avais rencontré dans les bois de Graide fréquentait la fille de la famille COGNAUX qui fut accusée plus tard de délation. Quelques jours avant la bataille, elle avait été tuée de 2 balles dans la tête par des maquisards qui étaient en charge d'éliminer les collaborateurs. On prétend avoir trouvé chez elle des documents sur lesquels étaient mentionnés une liste de personnes suspectées de se livrer à des actes terroristes contre l'occupant. Personnellement, j'en doute.
Après la libération, je me suis confié au lieutenant HUSTIN qui n'a cessé de m'interroger sur mon silence à propos de cette rencontre inopinée dans les bois de Graide. Cette rencontre serait-elle à l'origine de cette tragique bataille ? Rien n'est moins sûr car peu de temps après l'arrivée des américains en septembre 1944, Victorine JACQUES m'a rendu visite en m'assurant qu'aucun membre de sa famille ne m'avait trahi. Ils seront pourtant arrêtés et incarcérés à Dinant, puis finalement, après avoir été traînés dans la boue, relâchés et innocentés, faute de preuves.
Quand a la fille COGNAUX, existait-il des preuves suffisantes à son encontre ? En ce temps-là, la Justice était parfois expéditive, trop peut-être.."



Voici ce qu'écrivait à la sortie de son livre, un témoin de l'époque sur le vécu des habitants de Graide-Station :... Le sentiment de dénonciation était à l'époque, fort implanté parmi la population. Même si l'éloignement et la disparition des auteurs a tempéré quelque peu celui-ci, au fil du temps, il n'en reste pas moins vrai que ce qui était écrit à l'époque par un témoin direct, reste toujours d'actualité, malgré des publications tardives qui tentent à semer le trouble dans l'esprit de ceux qui n'ont pas connu les évènements...

Graide-Station : rue de Baillamont et de Monceau
           
A l'extrême droite du cliché, nous pouvons apercevoir la porte d'entrée et la fenêtre de la maison du facteur Louis LAMOTTE. Il fut arrêté le 16 août 1944 par FRANCOIS Louis, le cuistot de la GESTAPO, membre de la SD Dinant, et sera déporté pendant six mois à la frontière hongroise. Cette arrestation reste inexpliquée.

11. Un Maquis d'Ardenne  ( Marquet)


Le Maquis de Graide faisait partie du plus grand Maquis de Wallonie, le Maquis de la CROIX-SCAILLE, comptant près de 350 maquisards. Ce dernier s'était installé à la frontière française, dans les 9.000 hectares du plateau forestier de la Croix-Scaille, à  8 kilomètres de Gedinne, 19 kilomètres de Graide. Voici son histoire, son organisation et ses actions.

Lorsque le premier juin 1944, jour où la Légion belge, devenue de Belgique fin 1942, prit son appellation définitive d'Armée Secrète,  la BBC lança sur les ondes le message suivant : "Message pour la petite Berthe; la frondaison des arbres vous cache le vieux moulin", les auditeurs "au courant" bondirent de joie; le moment tant attendu de passer a l'action se profi1ait à l'horizon. En effet, ce message d'avertissement signifiait qu'un ordre d'action serait donné dans la quinzaine. Le lendemain, le lieutenant comte Harold d'Aspremont-Linden, commandant le secteur de la zone V transmettait à ses commandants de groupe l'ordre suivant : "Préalerte - Postes de commandement (PC) en place pour minuit".

Avant d'aborder le sujet proprement dit, quelques mots de présentation des régions de l'Armée Secrète (AS) et de leurs commandants. L'Armée de Belgique, étendant ses ramifications à toute la Belgique était subdivisée en cinq zones. Fin 1943, elle subit une profonde restructuration territoriale ; la zone V, notamment, qui s'étirait auparavant sur les trois Provinces limitrophes de l'Allemagne, le Lirnbourg, Liège et le Luxembourg, se vit attribuer la partie du territoire national située sur la rive droite de la Meuse; cette zone était commandée par le major Bastin des Chasseurs Ardennais et comprenait sept secteurs. Le secteur 5 qui nous intéresse plus particulièrement englobait une partie du Condroz, de la Famenne et de l'Ardenne Occidentale; il était lui-même articulé en quatre groupes A, B, C et D  commandés respectivement par les lieutenants Charles Bodart, baron Jacques de Villenfagne de Sorinnes, Louis Barthélerny et Daniel Ryelandt. Les membres de ce "club" de lieutenants étaient issus: le commandant de secteur et les commandants des groupes A et C, du 13 Bataillon de Ligne, le commandant du groupe B, du 6 Chasseurs Ardennais et enfin le commandant du groupe D, du 4 Grenadiers.

Quelle est la situation du secteur 5 début juin ? Le PC du secteur et celui du groupe B vont se mobiliser dans les premiers jours. Les commandants des trois autres groupes vivent dans la clandestinité depuis de nombreux mois. Charles Bodart installe son PC è la ferme de Mont à Braibant (4775); Louis Barthélemy a constitué, dès le 4 mai, un embryon de PC dans les bois au sud-ouest de Vencimont (3744) tandis que Daniel Ryelandt s'est installé depuis avril dans un des petits camps qui abritent l'effectif déjà mobilisé du groupe.

Nous allons maintenant nous attacher plus précisément aux basques du groupe C, fort de deux sections (compagnies); la section I dite de Gedinne, commandée, et oui, par le sous-lieutenant de réserve vétérinaire Marcel Vincent, et la section II de Beauraing, aux ordres du lieutenant Joseph Questiaux, issu lui aussi du 13 Bataillon de Ligne.

Au cours de quatre parachutages effectués sur les plaines "Buffle" (324 421) et "Grenadier" (355 409) le 3 mars, 11, 30 avril et enfin 6 juin, le groupe reçut 53 containers qui vont lui permettre d'armer un nombre important d'hommes. La mobilisation peut donc commercer dans ces conditions. Le 13 juin, le PC et les deux sections comprenant chacune deux sous-sections (pelotons) s'installent dans les bois au sud-est de Bourseigne-Vieille (3443). Notons qu'une sous-section se compose de trois escouades, sous les ordres d'un sergent, articulées en deux escouades de cinq hommes chacune : une équipe "Ben Gun" et une équipe "UD" du modèle de la mitraillette américaine dont les membres de l'équipe sont armés. C'est dans ce premier camp que sera jugé, par un conseil de guerre en campagne, un agent belge de ia Sipo-SD de Dinant qui s' était joint aux maquisards lors de leur concentration afin de les dénoncer ; condamné à mort, l'individu sera passé par les armes. Le groupe déménage une première fois le 17 juin, puis le 7 juillet pour s'installer à la Croix-Scaille (3035) à proximité du camp français du commandant "Prisme" futur général Paris de la Bollardière avec qui les Belges nouent d'étroites relations. L'emplacement de ce camp étant jugé trop excentrique par rapport aux deux plaines de parachutage dont la garde devient mission prioritaire, le groupe va début août, éclater en huit camps de sous-sections (ou équivalents) de manière à mieux occuper le terrain. Notons les emplacements des PC : le PC du groupe s'installe avec la sous-section 3 au "Barbouillon" à l'est de Vencimont (3744); le PC de la section I et sa sous-section 1 se trouvent dans les bois au sud-ouest de Gedinne-Station (4139); on trouve enfin l'état-major de la section II et sa sous-section 4 le long de la Houille à environ deux kilomètres  à l'ouest de Vencimont (3744).
Ce dispositif sera maintenu jusqu'à la libération. A ce moment, le groupe comptera 360 hommes dont 155 ont rejoint après le 15 juin.

Avant de passer aux opérations proprement dites, voyons comment Henri Bouillon, soldat de la sous-section 4, ressentait la vie de tous les jours : "Le sentiment du maquisard est d'abord la quasi certitude d'une insécurité totale; le maquisard ne "voit" jamais les choses que par les yeux des autres alors qu'il voudrait tant voir lui-même. En forêt, il n'y a pas de recul et on peut vous tomber dessus à l'improviste. Le climat est épouvantable, pluies presque continuelles, très rarement beau soleil, nuits épouvantables, parfois à même le sol détrempé, toujours trop courtes, entrecoupées de gardes fréquentes, réveil aux petites heures pour des tâches (marches, sabotages, parachutages, déménagement) très dures physiquement et très éprouvantes pour les nerfs". Il est vrai que cette vie était rude, éprouvante et que les conditions climatiques n'étaient pas de nature à la rendre plus agréable..

Le 8 juin, le message BBC "Le roi Salomon a mis ses gros sabots", déclenche la première phase de l'action : la dislocation du trafic ferroviaire et le sabotage des télécommunications. Le groupe va s'en prendre à la
seule ligne de chemin de fer Dinant-Virton qui traverse son quartier. La nuit du 10 au 11 juin, trois équipes de la sous-section 3 coupent à l'explosif, en cinq endroits, les quatre voies, interrompant ainsi la circulation pendant quelques jours. On projette ensuite de rendre la ligne inutilisable pendant une plus longue période en obstruant le tunnel de Martouzin (4445). Il faut savoir que, peu après Beauraing, (4052), la ligne se fraie un chemin dans le "mur de l'Ardenne" au travers de ce long tunnel en forme de U et continue ensuite, à grimper la forte pente menant vers Vonêche (4047). Le plan est, dès lors, le suivant : après le passage d'un train de marchandises montant vers l'Ardenne, une équipe est chargée de déboulonner et d'enlever les rails et de stopper éventuellement, à l'entrée du tunnel, tout autre train qui se présenterait, un autre groupe arrête le convoi sur la voie montant vers Vonêche et lance celui-ci en marche arrière vers le tunnel où il va s'écraser et former un solide bouchon. Un premier essai, effectué le 1 juillet par la sous-section 3, échouera partiellement suite au mauvais déboulonnage des rails dans le tunnel Nouvelle tentative, cette fois couronnée de succès, le 20 juillet, par les sous-section 4 et 5, le tunnel restera obstrué pendant une semaine et le trafic rétabli sur une seule voie. La sous-section 4 réitérera pendant la nuit du 19 au 20 août; succès complet également, le trafic sera interrompu pendant dix jours.

Le groupe prend aussi part à l' exécution d'un plan coordonné par le secteur visant à interrompre les communications téléphoniques; les actions se passent pendant les nuits du 4 au 5 juillet, du 8 au 9 août et du 17 au 18 du même mois. Le groupe aura trois accrochages avec l'ennemi. Le premier se passe le 2 août vers 4 heures du matin en plein village de Rienne (3539) où un petit détachement de la sous-section 1 monté sur deux véhicules se heurte à une colonne allemande se dirigeant vers la France. Au cours du bref engagement huit Allemands furent tués; les Belges eurent à déplorer un mort et un blessé.

Un mois plus tard, c'est la tragédie de Graide (4835). Le camp de la sous-section 2 du sous-lieutenant des Chasseurs ardennais Robert Hustin est installé depuis la mi-août sur le versant d'une colline du bois de la "Virée des Houlines" à l'ouet de la route Craide (4835) - Gembes (4740). Le 1er septembre à l'aube, les sentinelles signalent la présence d'un fort contingent allemand aux alentours de la ferme de "l'Avrinchenet" (471380). Le lieutenant Hustin fait prendre les dispositions pour abandonner le camp en application des directives prescrivant d'éviter, jusqu'à nouvel ordre, tout accrochage avec l'ennemi, mais il devra bientôt se rendre à l'évidence. Les Allemands, bien renseignés, occupent toutes les issues Un combat violent s'engage alors qui durera deux heures. Quinze maquisards seront tués, les pertes allemandes ne sont pas connues. Les assaillants emmènent deux prisonniers, Maurice Denoncin et Jules Gérard vers Bièvre (4434) où ils seront. battus à mort. Ainsi, après ses deux frères Jean et Henri, Maurice Denoncin est le troisième fils de cette malheureuse  famille à perdre la vie ce jour là. C'est la Einheit No 59473 Feld Kriegsmarine (Fusiliers marins), stationnant à Bièvre, qui, renforcée par une unité d'infanterie mène l'attaque contre le camp et est responsable du crime de guerre que constitue la mise à mort des 2 maquisards; en effet, la sous-section 2 satisfaisait, suivant la Convention de la Haye de 1907, aux conditions pour se voir reconnaître la qualité de combattants : faire partie d'une organisation structurée sous ses chefs responsables, être revêtu d'un uniforme, porter les armes ouvertement et respecter les lois et coutumes de la guerre. (Les maquisards du groupe avaient reçu les badges et brassards début août et ensuite les uniformes en toile de jute le 26). Notons, à la décharge des Allemands, que ce n'est que le 3 septembre, jour où Bruxelles fut libéré, que le gouvernement belge de Londres fit part du statut des troupes secrètes à  la radio de Londres. Ajoutons que le message d'avertissement et le premier ordre d'action avaient été lancés dès les 1er et 8 juin . Sans commentaire.

Le 5 septembre veille de la libération, une forte patrouille allemande surprit un poste de sentinelle double de la Sous-section 7 chargée d'assurer la garde d'un accès à la plaine de refuge "Buffle" tua un des hommes et blessa le deuxième.

A partir de la mi-août, la compagnie SAS belge du capitaine Blondeel effectuera diverses opérations sur le territoire de la zone V; une d'entre elles nous intéresse en partie; il s'agit de la mission "Noah"dont la partie avancée, commandée par le lieutenant Renkin, fut parachutée le 16 août dans le camp français du commandant Paris de la Bollardière. Après avoir pris contact avec le lieutenant Daniel Ryelandt commandant du groupe D, le détachement Renkin rejoignit le 25, le groupe C du lieutenant Louis Barthélerny et s'installa à proximité du PC qui va devenir à ce stade, l'opération "Noah". Le 29 août, le capitaine Blondeel, alias "Blunt" avec six hommes et huit containers est parachuté sur la plaine "Grenadier" ; le 1er septembre, c'est au tour du lieutenant De Befve "Bef" d'être largué avec quinze hommes et dix-neuf containers sur "Buffle". Ici se place une anecdote qui mérite d'être racontée. Le groupe "Bef" passe sa première nuit en territoire belge au camp de la sous-station 4; il faut savoir qu'une des couvertures des SAS était de se faire passer pour des Canadiens français, d'où les pseudonymes cités plus haut; cette "couverture" fut sérieusement déchirée. Un jour, au petit matin, alors que SAS et maquisards faisaient leurs ablutions dans la Houille toute proche, Edouard Gilson de la sous-section 4 reconnu parmi les parachutistes son frère Jacques dont il n'avait plus de nouvelles depuis quatre ans. Quelle coïncidence !
Enfin le dernier parachutage aussi le plus spectaculaire fut exécuté sur "Buffle" la nuit du 5 au 6 sepemtbre; le premier avion "droppa" quatre hommes dont le docteur Limbosch et le "padre" Jourdain, ainsi que 22 containers; deux heures plus tard, deux autres avions larguent quatre hommes, deux Jeeps blindées et douze containers. Incroyable aux yeux éberlués des maquisards; quinze minutes après l'atterrissage, les Jeeps sont équipées, armées, moteurs tournants ! Le 3 septembre la zone V donne l'ordre N° 13 prescrivant d'entamer les opérations de harcèlement sans plus attendre le message BBC qui devait déclencher cette deuxième phase de l'action. Ce sont des groupes mixtes pour la plupart SAS-maquisards qui vont opérer principalement sur les routes Beauraing (4052)- Bouillon (4918) et Gedinne (3838) Wellin (5150) causant de sérieux dommages aux éléments des colonnes ennemies en retraite. Londres n'aura pas l'occasion de donner l'ordre d'exécuter la troisième phase de la mission ; la lutte ouverte par unités constituées, puisque, le 6 au matin, les maquisards feront leur jonction près de Vencimont (3744) avec les premières unités américaines.

Telle est donc, brièvement résumée, l'histoire de ce groupe du secteur 5 de la zone V de l'Armée Secrète. Mobilisé dès le début juin, il a mené à bien les missions qui lui ont été confiées : sabotage, aide aux unités alliées et enfin, harcèlement. On peut lire dans le carnet de campagne du commandant de groupe, le bilan  de ses activités :

  • pertes ennemies : en hommes : 142 tués, 32 blessés et 25 prisonniers (les pertes allemandes du combat de Graide ne sont pas incluses)
  • en matériel : 5 camions, 2 voitures, 1 camionnette, 1 car, 2 chars Het, 2 chenillettes

  • pertes amies
  • en hommes 19 tués, 5 blessés et 1 prisonnier
  • en matériel 1 camion et 1 camionnette
En guise de conclusion, citons un extrait du paragraphe 6 du rapport septembre de fin de mission du capitaine Blondeel intitulé : "les lacunes générales sur la résistance locale", car nous croyons qu'il est valable pour beaucoup d'autres maquis.

"Attitude entièrement coopérative; troupe disciplinée, animée du désir d'action, mais insuffisamment entraînée, armée et équipée. Beaucoup n'avaient pas fait de service militaire; les conditions de vie au maquis n'étaient pas favorables à un entraînement adéquat; manque d'instructeurs; même ceux qui avaient fait leur service militaire n'étaient pas familiarisés avec les nouveaux types d'armes.
On constate la situation paradoxale d'hommes engagés dans les types d'opérations les plus dangereuses et n'ayant même pas la possibilité de recevoir la formation de base des combattants. En ce qui concerne l' esprit, à l'exception de quelques uns qui avaient pris le maquis uniquement pour échapper aux Allemands, la majorité était animée par un idéal élevé et a combattu avec grande détermination et audace quand le moment fut venu".

Cette opinion d'un orfèvre en la matière se passe de commentaire !

Colonel e.r. MARQUET   


12. Les parachutages (Léon Verbois )


Une des premières priorités des maquisards était de s'armer et de posséder le matériel nécessaire pour mener à bien leurs différentes missions. L'organisation de fantastiques parachutages était un impératif et, en territoire occupé, ce n'était pas une mince affaire ! En voici plus de détails.

Léon VERBOIS, sous-lieutenant-élève à l'Ecole Royale Militaire en 1940, a vécu des heures exaltantes dans la Résistance et le Maquis, alors que la plupart de ses camarades de promotion étaient soit "prisonniers de guerre", soit "officiers volontaires" en Grande Bretagne.

Il lui a été demandé une évocation de cette période, qu'il a vécue intensément, du maquis et des parachutages. Ce modeste récit sera limité aux parachutages.

Résistants de la première heure, la "Légion Belge" (devenue par la suite "Armée Secrète") nous demanda de recruter des fidèles, de préférence taiseux et non buveurs. Il fallait les armer.

La solution des parachutages a été la seule préconisée pour mener à bien l'équipement en armes et en matériel des maquis qui se formaient.

Dès 1942, l'ordre fut transmis de rechercher des refuges éventuels pour la mobilisation ainsi que des plaines de parachutage. Des endroits propices, situés à la lisière des forêts et suffisamment éloignés des agglomérations, furent repérés; leurs coordonnées relevées avec précision sur des cartes militaires furent transmises à Londres.

Les plaines ont été baptisées d'une lettre de l'alphabet ou d'un nom d'animal, de fleur, d'oiseau, de soldat. Dans la région de Gedinne, la plaine de refuge de BOURSEIGNE-NEUVE s'appellera "BUFFLE" (134.300 x 77.000) et la plaine de parachutage de RIENNE s'appellera "GRENADIER" (187.600 x 75.500)

Dans le maquis de GEDINNE, 350 maquisards étaient rassemblés en 1944, sous les ordres du lieutenant de réserve Louis BARTHELEMY (ancien du 13e Régiment de Ligne). Ils formaient le Groupe C du Secteur 5 de la Zone 5 de l'A.S. (Armée Secrète). Cet important groupe de résistants était réparti en plusieurs cantonnements en plein bois : E.M. - Liaison - Sabotage – Prévôté - la compagnie de GEDINNE sous les ordres de M. VINCENT - la compagnie de BEAURAING sous les ordres du lieutenant de réserve J. QUESTIAUX, également ancien du 13e Régiment de Ligne.

Le sous-lieutenant VERBOIS avait été chargé, sans se laisser distraire de cette mission, de la Section Matériel. Sa mission : les parachutages (préparation - organisation - mise en place - réception), le camouflage des armes et explosifs, ultérieurement le décamouflage, le déprocessing, la distribution et l'initiation à l'utilisation. En effet, beaucoup de maquisards n'avaient jamais vu d'armes ou d'explosifs et la documentation jointe était le plus souvent rédigée en anglais.

Après une longue attente, pendant des mois et des mois, le premier parachutage sur la plaine "BUFFLE" nous procura entre autres, le 3 mars 1944, des postes récepteurs à piles sèches, qui nous permirent d'écouter aisément les messages de la BBC, et cela, en plein bois.

Le 11 avril 1944, lors d'un second parachutage, sur la plaine "GRENADIER" cette fois, nous eûmes une surprise agréable en découvrant dans les colis expédiés un "S"phone, nous permettant de communiquer avec l'opérateur d'un avion et, comble du raffinement, un vélo nous permettant de recharger éventuellement ses batteries, ainsi qu'une instruction nous décrivant la procédure d'utilisation. Bien entendu, dans les jours suivants, on étudia sérieusement cette procédure.

Chaque soir, à 19.15 h, nous attendions avec impatience que la BBC nous transmette un message commençant par la lettre "G". C'est ainsi que passa sur les ondes "Le Géranium est à la base de tous les parfums". C'était le soir du lundi 5 juin.

Tout le monde doit se tenir prêt à réceptionner pendant la nuit. Dans le plus grand secret, l'équipe réceptionnaire, aussitôt prévenue, se rend à l'endroit indiqué. Un autre groupe surveille et défend les abords.

Trois jalonneurs, porteurs de lampes torches donnant une lumière rouge (plus tard, des phares d'auto reliés à une batterie) se placent à 100 mètres de distance (B, C, D) sur un alignement parallèle à la direction du vent, tandis que je me place, en tant que chef de plaine, porteur d'une lampe à lumière blanche, en A, perpendiculairement à la ligne des jalonneurs, à environ 50 mètres.


Il est 23 h et j ai le temps de relire ce qui devrait être la procédure normale :

  • L'opérateur de l'avion appelle : "Hello TONY" (c'est le mot de passe convenu).

  • Je fais allumer les feux de balisage et j'envoie la lettre "G" de reconnaissance (en morse), à l'aide du feu blanc et je donne la réponse convenue : "Hello JACK, TONY answering, can you hear me ?"

  • Et, quand tout va bien : "Hello JACK, can you see my lights ?"

  • ... et puis tout un tas de recommandations pour les "imprévus ...

Je jette un dernier coup d'oeil au "S"phone. Cet appareil émetteur-récepteur comporte un casque muni d'écouteurs et d'un micro, une petite antenne et une série de petits accumulateurs qui se portent à la ceinture.

L'attente est longue ... Combien nous la vivons dans l'impatience ...

Et subitement, le 6 juin à 02.30 h, nous percevons le ronronnement d'un avion. Il tourne autour de notre plaine ... Il nous semble reconnaître un britannique ... Les lampes s'allument ... L'aviateur ne me répond pas ... mais quelques instants plus tard, l'avion suit l'alignement de nos lampes ...

Entre B et C, à une altitude de 300 mètres, il lâche sa cargaison, qui s'éparpille entre C et D. Les corolles peuvent alors s'ouvrir les unes après les autres dans le ciel encore obscur (les parachutages se font souvent pendant les nuits de pleine lune). Quel magnifique spectacle dans le ciel de cette vaillante Ardenne ... !

L'avion a ordre de quitter le terrain aussitôt l'opération terminée, car le risque de détection (par gonio) est grand pour l'avion en vol. Nous ne devons donc pas le pousser à parler trop longtemps, malgré le faible risque pour nous de repérage au sol. A-t-il tancé : "Opération compteted" ? Nous n'en savons rien, car aussitôt le largage terminé, c'est la ruée de l'équipe pour récupérer les colis et les containers, détacher les parachutes, les rouler et les camoufler.

Quand le soleil se lèvera, tout sera remis en ordre ... Les villageois, parfois trop bavards, auront entendu un avion volant bas et se seront doutés qu'il se passait un petit événement.

Les Allemands eux aussi ont eu vent de quelque chose et, le lendemain matin, enverront un avion de reconnaissance, mais ils ne découvriront pas notre repaire.

La nuit suivante, les parachutes sont acheminés jusqu'à l'église de Rienne où ils sont entreposés dans la partie inaccessible du canal à air chaud de la chaufferie. (Merci, Monsieur l'abbé ARNOULD).

Les containers seront enterrés dans une sapinière et, comme ce sera le cas pour les opérations suivantes, de jeunes arbustes reprendront goût à la vie sur la terre recouvrant les fûts. Le plus rapidement possible, armes, munitions, explosifs seront dénombrés et l'inventaire sera transmis à Londres, par la voie hiérarchique.

Ce jour-là, la BBC annonçait le débarquement en Normandie.

Les fûts métalliques pèsent entre 150 et 175 Kg; ils ont un diamètre de 38 cm et une longueur de 1,40 m (voir photo). Ils sont munis de poignées pour faciliter le transport à l'endroit désigné. Ils sont d'une seule pièce (type C) ou composés de cinq éléments assemblés (L. 28 cm – type H).



              Groupe de maquisards . Marquet ?

Voici, à titre documentaire, le contenu d'un fût "H3" et d'un fût "C1"

Container "H3" :


Cellule A : 31,5 Kg
  • Mitraillettes "Sten" et accessoires : 3
  • Magasins vide : 15
  • Munitions : 900
  • Chargeurs : 3

Cellule B : 29 Kg
  • Grenades Mills : 30
  • Détonateurs : 36
  • Sachets de pansements : 6

Cellule C : 24 Kg
  • Idem A mais deux Stens

Cellule D : 22,5 kg
  • Revolvers américains : 5
  • P 45  : 250
  • Sachets de pansement : 6
  • Grenades Mills "75" : 10
  • Détonateurs : 12

Cellule E : 18,5 Kg

  • Grenades 82 (Gammon) : 8
  • Explosif plastic : 8 kg
  • Mèche Bickford : 8 m
  • Allumeurs : 2 boites
  • Ruban adhésif : 1 rouleau

Container C1 : 136,5 Kg


  • Fusils mitrailleurs "BREN" complets : 2
  • Magasins : 16
  • Coups : 2000

Panier


Un panier peut contenir, par exemple :
  • 2 bombes PIAT
  • 1 tente + 80 litres d'essence
  • Chocolat, cigarettes, rations.

La plupart de ces engins nous étaient parfaitement inconnus.

A défaut d'instructeurs, l'expéditeur procurait une documentation, souvent imprimée en anglais, qui donnait la composition des containers de type standard et le mode d'emploi succinct des articles que l'on pouvait y découvrir. Pour l'arme collective principale dont nous disposions, le "BREN gun", la brochure y relative était plus détaillée.

Les armes seront décamouflées et dégraissées pour être remises aux maquisards des deux compagnies mobilisées les 11 et 13 juin. 350 hommes seront largement pourvus. Un grand merci à toute l'équipe "Matériel" qui m'a tant aidé.

Les saboteurs utiliseront efficacement les explosifs. 300 kg d'explosifs et 19 Stens seront d'ailleurs livrées au Commandant de Secteur.

Le 7 septembre 1944, Brens, carabines américaines, Stens et des munitions seront livrés aux héroïques maquisards d'Anvers.

En octobre 1944, les armes seront évacuées via le Commandant de Secteur.

Le 2 août, j'attendrai un parachutage mais l'avion ne viendra pas.

D'autres parachutages suivront et notre plus beau souvenir sera, certes, celui du parachutage du capitaine BLUNT, l'actuel colonel BLONDEEL, et de 7 S.A.S. (Spécial Air Service), le 29 août à 02.25 h, et leur première nuit dans le petit village de Rienne. Le grand capitaine tombe vraiment à mes pieds, se débarrasse de son parachute et est prêt au combat. Je le rassure en lui disant qu'il est entouré de 350 maquisards. Et mes hommes le conduisent dans la hutte qu'ils m'ont fabriquée (cloisons en sapin et toit en carton bitumé). Après avoir dégusté une tasse de café bien chaud, le capitaine s'étend sur mon petit lit de fer, et je le retrouve, dormant du sommeil du juste, ses grandes jambes passant à travers les barreaux. Le matériel reçu avait été rangé entre-temps (3 containers pour les S.A.S. et cinq pour nous, ainsi qu'un vélo).

Il était frappé par l'efficacité déployée par l'organisation.

Le lendemain, nous le conduirons au P.C. du commandant BARTHELEMY.

J'apprendrai plus tard qu'il y fut accueilli ... au  Bourgogne, avant de continuer à remplir sa mission de harcèlement.

Le 1er septembre, nous recevons le capitaine DEBEFVE et 15 S.A.S., ainsi que 19 containers et 3 paniers. Un homme, accroché dans un sapin, est blessé.

Mais, de cette date, nous gardons un souvenir amer, car, ce jour-là, la sous-section 2 commandée par le sous-lieutenant de réserve R. HUSTIN, des Chasseurs Ardennais, est encerclée dans les bois de Graide, et ... 17 jeunes gens y seront massacrés. Nous honorons leur mémoire chaque premier dimanche de septembre au pied du monument de Graide.

Notre plus beau spectacle eut lieu dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944. Je ne me souviens plus du message : "Gordits est un laboureur qui devient roi", ou bien "Le grenadier est un soldat, il recevra 2 x 12 fusils". Toujours est-il que nos 350 hommes gardent la plaine de Bourseigne-Neuve. A minuit, un premier avion "Stirling" nous largue 4 hommes, dont 1Lt-médecin LIMBOSCH et 1er "padre" JOURDAIN, ainsi que 22 containers et 3 paniers, dont malheureusement quelques-uns s'écraseront au sol.

Mais notre ébahissement n'est pas terminé : à 02.30 h, deux avions tournoient et on ne sait plus où récolter ... 2 jeeps, 12 containers, 4 paniers et 4 hommes dont deux chauffeurs. Incroyable ... ! A nos yeux éberlués, les dispositifs amortisseurs des jeeps, pesant 300 kg environ, sont démontés, les mitrailleuses parachutées par containers sont récupérées et montées sur jeeps et les moteurs tournent ...  Cela a duré 15 minutes ... et les S.A.S. voguent vers de nouvelles reconnaissances.

Quelle apothéose ...! Quel boulot ...! Mais quel immense plaisir et quel merveilleux souvenir ...! Merci à tous mes camarades maquisards ...!

Le 6 septembre 1944, les troupes américaines entrent à Rienne. C'est la délivrance et la joie ...!

Merci à Sa Majesté Britannique, qui, le 24 décembre 1947, a bien voulu me décerner la "King's Medal for courage in the cause of Freedom".

13. La Gestapo et la SD de Dinant


Prenons à présent un peu de temps pour comprendre comment, dans l'autre camp, s'articulait la répression allemande dans les territoires occupés et plus particulièrement dans notre région, où la célèbre GESTAPO était curieusement si présente !

Les services de police mis en place par les allemands étaient relativement complexes. Nous retiendrons simplement que la SIPO, "Sicherheitspolizei" ou "Police de Sécurité", était composée de différentes Sections. La Section I gérait le Personnel, la Section II s'occupait des Finances, la Section III constituait la SD tandis que la Section IV formait la GESTAPO, la Section V englobait la "KRIPO" ou 'Police Criminelle", la Section VI coordonnait les services de contre-espionnage.

La GESTAPO s'occupait de tout ce qui avait rapport à l'ennemi et  se subdivisait  en services spécifiques s'occupant  des communistes (IV A), des Juifs, francs-maçons et groupes religieux (IV B), de la Résistance  de droite (IV D), des étrangers (IV E). 

L'appellation GESTAPO est l'abréviation de "Geheime Staats Polizei" qui signifie "Police Secrète d'État". Cette organisation fut créée dans l'Allemagne nazie par GOERING en 1933, puis dirigée ensuite par Heinrich HIMMLER de 1934 à 1945. Ce dernier fut le pire criminel de guerre allemand. Il fut l'un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich. Il était le maître absolu de la SS (Reichsführer-SS), chef de la police allemande (Chef der Deutschen Polizei), dont la GESTAPO et, à partir de 1943, ministre de l'Intérieur du Reich, commandant en chef de l'armée de réserve de la Wehrmacht. HIMMLER porta la responsabilité la plus lourde dans la liquidation de l'opposition en Allemagne nazie et dans le régime de terreur qui régna dans les pays occupés. Les camps de concentration et les camps d'extermination dépendaient directement de son autorité, et il mit en œuvre la "Solution finale". Il se suicidera le 23 mai 1945 pour échapper à tout jugement ultérieur.



Dans l'arrondissement, dès 1942, la Résistance s'organisa. A Dinant, le groupe PONCELET mena la lutte armée et perpétra d'innombrables actions contre l'occupant. Suite aux évasions répétées de nombreux maquisards de la prison de Dinant, la GESTAPO décida d'établir un QG dans cette ville. C'est ainsi que le très bel Hôtel des Postes, en bord de Meuse, fut réquisitionné. La mission des Gestapistes était de mettre un terme à l'activité des Maquis. C'est dans cet hôtel qu'elle interrogeait, torturait et décidait de l'envoi au camp de  Breendonk, avant la déportation vers les camps nazis. Il y avait 2 façons d'interroger, la procédure légale et la procédure dure. C'est cette dernière qui était la plus utilisée à Dinant. Il semblerait selon des témoignages que SCHUBRING et LIMPACH soient les 2 tortionnaires de la GESTAPO les plus redoutés.

La Feldgendarmerie (Armée de Réserve allemande) avait quant à elle établi un QG à Dinant dans le Couvent de l'Immaculée Conception. Elle y avait réquisitionné 2 cachots dont les dimensions étaient de 4 mètres sur 6. Les prisonniers y étaient entreposés, jusque 40 par cellule, avant d'être interrogés par la GESTAPO à l'Hôtel des Postes. Plus de 2000 personnes y seront séquestrées.

Siège de la GESTAPO à DINANT

Mais alors pourquoi les responsables de cette GESTAPO fréquentaient si assidûment  le pays de Bièvre,  situé à 1 heure de route de ses quartiers ?

Comme nous venons de l'évoquer, la Section III de la SIPO était constituée par la SD. Cette organisation travaillait en collaboration étroite avec la GESTAPO et fut régionalement dénommée la SD Dinant, abréviation de "Sicherheits Dienst" que l'on peut traduire par "Service de Sécurité". C'était une sorte de "Kommando" avancé dont les activités principales, semblables à celles de la GESTAPO, se résumaient en 2 mots : "Tortures et crimes". Cette association était bien sûr dirigée par un Allemand, dénommé ABICHT, mais ses valets étaient des traîtres Belges ! 17 seront jugés après la guerre et devront répondre de la mort de 329 victimes !

Qui étaient donc ces Belges de la SD Dinant ? Le recoupement de plusieurs articles de presse parus au moment de leur procès nous permet d'en savoir un peu plus. Selon de nombreux témoignages, ces traîtres profitaient de leur statut de Belges pour infiltrer les organisations Patriotiques ou les groupes de maquisards, avant de les dénoncer à la GESTAPO et de les faire arrêter !
Ils étaient secondés dans leurs honteuses activités par des indicateurs de leur entourage, professionnels ou occasionnels, qu'ils rémunéraient.

Dès la mobilisation, les slogans "Taisez-vous! Des oreilles ennemies vous écoutent !" avaient habitués la population à se méfier. Aussitôt l'occupation, le slogan devint davantage de mise et une méfiance générale s'installa partout.

Dans notre région, le tristement célèbre Désiré ISTASSE, dit le COUZOT, bourgmestre rexiste de Bièvre, comptait parmi ces assassins et initia un régime de terreur dans sa commune et villages environnants. Avide de pouvoirs, il semble qu'il fut une des pires brutes de la SD Dinant. Dans son entourage, une mouvance pro-allemande, à la recherche de gains et de privilèges, s'était constituée et les responsables allemands de la GESTAPO étaient donc particulièrement bien accueillis à Bièvre.  De plus à Graide-Station, ils pouvaient passer d'agréables moments en bonne compagnie !


Le côté financier :


Tous les agents de la GESTAPO, qu'ils soient Allemands, Belges ou Luxembourgeois étaient payés par Bruxelles tous les quinze jours. Les chauffeurs touchaient 2.500 francs par mois, les interprètes 3.085 francs par mois. Les membres de la SD pouvaient en plus de leur salaire, dresser des notes de frais pour des verres ou repas offerts, notamment aux indicateurs. Ces derniers étaient nombreux, ils pouvaient être armés d'un revolver et étaient payés à la pièce suivant l'importance et les conséquences de leurs informations. Ils travaillaient sous leur vrai nom car ils étaient payés par la comptabilité de la GESTAPO à Berlin. Le chef régional de la GESTAPO disposait chaque mois d'une somme de 3.000 mark pour payer ces indicateurs. Qu'il s'agisse des Rentenmark ou de Reichsmark, monnaies en cours à cette époque, ( l'abréviation RM et la valeur étaient similaires), sa parité fut portée le 22 juillet 1940 à 1 RM = 12.5 francs belges. Ces 3.000 mark correspondaient alors à 37.500 francs belges, soit 12 fois le salaire moyen mensuel de l'époque qui variait  de 2.500 à 3.000 francs.

Lors du procès des membres de la SD, un témoin, M.Marcel Delahaut, d'Yvoir, conte que lors de son arrestation, le dénommé MOUTON Prosper, de la SD, lui a offert 5.000 francs par mois pour entrer dans son groupe, avec une prime de 1.500 francs. par dénonciation. Lors des perquisitions et arrestations, les gestapistes allemands et belges réclamaient et emportaient régulièrement les économies des familles, en échange de la liberté d'un des leurs. Dès lors, ils pouvaient dépenser sans compter et s'offrir toutes les débauches sans restriction !

Déjà actifs en 1943, GESTAPO et SD intensifièrent leurs activités néfastes lorsque le vent a tourné,  et après le débarquement en Normandie en juin 1944. Les différents maquis prenant aussi de l'assurance en assumant des missions de plus en plus incisives, nous pouvons observer de juin 1944 aux premiers jours de septembre 1944, une succession d'arrestations et d'affrontements particulièrement meurtriers.

Découvrons à présent les principaux membres de la SD de Dinant.

14. Membres  de la SD Dinant


ABICHT était le chef allemand de la SD Dinant.
Ses principaux complices étaient des traîtres belges et nous pouvons épingler par ordre alphabétique :

  • 1 ADAM Mina, de Esch-sur-Alzette
  • 2 ALBERTY Henri, de Bruxelles
  • 3 CLAES Charles, de Jemeppe-sur-Meuse
  • 4 COLLETTE Robert, de Bressoux
  • 5 FRANCOIS Louis, d'Ixelles
  • 6 FREROTTE André, de Tilf
  • 7 ISTASSE Désiré, bourgmestre rexiste de Bièvre
  • 8 JACOB Charles, de Grivegnée
  • 9 KESTELYN Joseph, de Saint-Nicolas-lez-Liège
  • 10 KOHNKE
  • 11 MOTTE André, de Bouvignes
  • 12 MOUTON Proper, de Spy
  • 13 PELLEMANS Jean d'Edeghem
  • 14 PERPETE Suzanne, de Hastière-Lavaux
  • 15 PUTZEIS Marcel, de Flémalle-Haute
  • 16 ROMBAUT Cyrille, de Schaerbeek
  • 17 SCHOONBROODT Josepl, bourgmestre rexiste de Olloy
  • 18 SERVAIS Raoul
  • 19 SIRRES Marcel
  • 20 STAMPE Raymond, de Bouvignes
  • 21 VAN COTTHEM Théodore, d'Anvers
  • 22 VAN CAMPENHOUT

Retenez bien le nom de ces traîtres belges, nous allons les évoquer souvent  par la suite.

Pour tenter de  comprendre le cheminement, la motivation de ces gestapistes allemands et belges en poste à Dinant pendant la Seconde Guerre, voici en résumé leur portrait général dressé par Céline Préaux dans son très bel ouvrage " La Gestapo devant ses juges en Belgique"

  • Nous pouvons remarquer que les Allemands sont nés vers 1910 et ont la trentaine au moment au début de la guerre. Ils accèdent à leur premier poste de responsabilité et sont dès lors très consciencieux et appliquent les ordres à la lettre sans en analyser le bien-fondé.
  • Ils sont nés avant la Première Guerre mondiale et durant leur enfance et leur adolescence, ils vont vivre dans un climat de haine et de revanche contre le " DiKtat de Versailles" et la condamnation de l'Allemagne.
  • Les Belges sont nés après 1915 et ont donc 25 ans et moins en 1940. Ils n'ont pas connu les atrocités allemandes de la Première Guerre, n'ont pas été touchés par l'élan patriotique qu'elle a suscité, ils n'ont pas vécu la haine du  "Boche". Pendant leur enfance, la reconstruction du Pays était la principale priorité.
  • Nos gestapistes allemands et belges sont pour la plupart de statut socio-économique faible. En Allemagne, la Crise de 1929 touche particulièrement le monde ouvrier. Les faillites d'entreprises se succèdent,  le chômage explose, les banques ferment leur porte. Hitler va rendre espoir et force  à l'Allemagne. Il répudie le traité de Versailles, refuse de payer les dommages de guerre, supprime la corruption, réduit à néant les grands financiers juifs., donne du travail et du pain. Il aborde tous les aspect de la vie en société et semble avoir réponse à tous les problèmes..
  • Cette crise a de lourdes répercussions financières et c'est précisément à cette époque nos Allemands de la GESTAPO de Dinant s'engagent dans la SIPO, LEPIEN en 1929, ASTHALTER en 1933, SCHUBRING en 1934, LIMPACH en 1941.
  • En 1929, nos Belges ont 14 ans et la Crise pèse aussi lourdement sur les ménages. Ils quittent l'école pour tenter de décrocher un travail. Cela va causer d'énormes lacunes dans leur éducation et développement du sens civique. En 1941, ils s'enrôlèrent dans les services allemands et cinq d'entre eux se portent volontaires pour travailler en Allemagne. Seul, Désiré ISTASSE s'était déjà engagé de longue date en 1936. 
  • Leurs engagements dans la SIPO semblent  plus motivés par les avantages financiers et autres (combustible, tickets de rationnement supplémentaires, sécurité,...) que par  une argumentation idéologique. L'Ordre nouveau semblait devoir l'emporter, ils se sont placés du côté des vainqueurs  pensant profiter de multiples privilèges.

Voilà un peu le contexte qui a réuni allemands et belges dans les services de la GESTAPO et du SD Dinant.

15. Activités de la SD Dinant



Vers l'Avenir 11 avril 1946.

Nous avons donné, dans nos précédentes éditions, le début de l'exposé de M. le 1° substitut Haleux, au procès de la Gestapo de Dinant. Voici la fin de ce mémoire impressionnant.

  • Le 25 juin 1944, la S.D. au grand complet, part avec la Werhmacht et le Feldgendarmerie à l'assaut de la ferme de Maibelle, occupée par le maquis mobilisé. C'est une opération sauvage où l'on voit brûler la ferme et les bêtes.
Abicht, chef de la S.D. de Dinant et Kohnke, y trouvent la mort, tandis que Marcel Sirrès est blessé. De nombreuses arrestations ont lieu ; il y a 18 morts parmi les maquisards et ceux qui les aidaient.
  • Le 27 juin, les comtes Baudouin et Guillaume de Liedekerke, ainsi que deux personnes sont arrêtées à Faulx : tous quatre sont envoyés en Allemagne.
  • A cette même époque, Louis SERVAIS, de Bièvre est arrêté par Istasse … sur le pont de Dinant. Le père Leloir, aumônier divisionnaire du Maquis des Ardennes est arrêté. Jacob le garde pendant que plus tard, Van Cotthem participe à son interrogatoire. Il fut violemment battu par le chauffeur belge Van Campenhout qui s'est suicidé dans sa cellule.
  • Le 5 juillet , c'est l'arrestation de Henri Labouverie.
  • Le 8 juillet, 2 arrestations à Courrière.
  • Le 20, c'est l'arrestation des frères Miler, de Bioul et de Collard Eugène ; ce dernier est mort en Allemagne.
  • Le 21, une arrestation à Bouvignes.
  • Le 25 juillet, Eloy Collignon croise une voiture, dans laquelle se trouvent les nommés Istasse, Kestelyn Joseph, Stampe Raymond, Claes Charles et Collette. Istasse croit reconnaître un de ses ennemis : Collignon est arrêté. Collette Robert, sans raison, tire une balle dans le ventre du malheureux. Ce dernier, qui souffre atrocement, se remue trop au gré de Stampe qui l'achève d'une rafale de mitraillette, tandis que Collette tire de nouveaux coups de feu sur sa victime. Stampe dépouille alors le cadavre de sa montre-bracelet.
  • Le 28 juillet, expédition à Houx ; le professeur Lucien Wargnies est arrêté. On est sans nouvelles de lui. Marie-Henriette Désirant et les époux Bailly-Toussaint sont arrêtés en même temps. Fernand Bailly est mort en Allemagne.
  • Le 1 août, arrestation à Sart-Bernard. Le même jour a lieu à Gesves, une vaste opération avec des renforts considérables. Les arrestations sont nombreuses : 13 victimes sont identifiées, dont deux sont mortes en Allemagne.
  • Le 2 août, seize arrestations dans la région d'Emptinne ; trois des personnes arrêtées sont mortes ou disparues. Le même jour ; six arrestations à Braibant et deux arrestations dans la région de Rienne ; Gridlet Raymond est abattu par les Allemands.
  • Le 4 août, cinq personnes sont arrêtées dans la région de Sinsin ; trois sont mortes en Allemagne ou disparues.
  • Le 9 août, 9 belges, accompagnés de quelques allemands, vont arrêter cinq personnes aux Rivages-Dinant; Jean Fastrès est mort en Allemagne.
  • Les 15 et 17 août, a lieu une vaste opération dans la région de Matagne-la-Petite ; neuf personnes sont arrêtées, dont Calixte Hallet de Treignes, lequel est mort en Allemagne, et Joseph Gedine, commissaire de police à Couvin, lequel est également décédé en Allemagne.
Plusieurs belges se sont montrés particulièrement brutaux dans cette affaire ; on les voit frapper violemment un vieillard.
  • Le 16 août, une arrestation à Graide. (le facteur Louis Lamotte)
  • Le 17 août, six arrestations dans la région de Vedrin.
  • Le 18 août, trois arrestations à Gedinne, dont celle d'Armand Nassogne, dont on est sans nouvelles.
  • Le 19 août, vaste opération à Bièvre : 14 arrestations. Une des personnes arrêtées est morte en Allemagne.
  • Le 21 août, une arrestation à Louette-Saint-Pierre.

"Les Alliés approchent"

L'ennemi résiste désespérément ; nous allons le voir, avec l'aide des traîtres à sa solde, tenter ne dernière fois de désorganiser le maquis et d'enrayer son action.

  • Les 23 et 24 août, il organise une vaste expédition à Houdrémont. La S.D. y participe. Elle occupe les leviers de commande. Un combat a lieu. Coppin Christian, van Cotthem, Pellemans Jean, Stampe Raymond, Collette Robert, Claes Charles, Motte André, Mouton Prosper, même Istasse, tout le monde y participe ou s'occupe de l'affaire. Trente-deux personnes sont victimes de l'opération ; parmi elles, plusieurs sont abattues. Coppin Christian revendique dans son carnet de notes, le triste honneur d'en avoir tué deux lui-même. Jacob nettoie les bois et assiste à l'exécution de Jean Mossiat. Onze personnes ont laissé la vie dans cette affaire.

Vers l'Avenir – 10 avril 1946
M.Harroy Paul, Inspecteur à la Sûreté de l'Etat.
Il fait un rapport détaillé sur les opérations d'Houdrémont et raconte les violences dont furent victimes les maquisards prisonniers. Le jeune MAQUET fut battu au moyen d'un pieu arraché à une clôture et défiguré à un point tel que son père, le lendemain, ne put le reconnaître. Van Cotthem, Mouton, Jacob et Stampe étaient de la fête. Onze personnes arrêtées ne sont pas  rentrées de captivité.

  • Le 24 août, trois autres arrestations à Godinne.
  • Les 26, 27 et 28 août, nous assistons à une vaste expédition à laquelle la S.D. participe en force : Coppin, Motte, Claes, van Cotthem, Collette et Jacob y participent. De forts contingents de la Garde Wallonne, de la Feldgendarmerie et de la Werhmacht y participent.
  • Le 26 août, c'est Custinne qui souffre : plusieurs arrestations, Jacques Thibaut de Dinant est tué par les Allemands. Constant Arnould de Houyet est arrêté et meurt en Allemagne. On est sans nouvelles de Désiré Garnier de Custinne et de Walter Joris de Ciney.
  • Le 27, c'est l'horrible expédition de Pessoux et le combat de Jannée. A la suite de la résistance du maquis, 56 personnes sont arrêtées et notamment la plupart de ceux qui assistaient à la messe à Pessoux. Quarante-neuf personnes sont tuées à Jannée ou meurent en Allemagne, des suites de leur arrestation.
  • Le 28, c'est Ciney qui reçoit le dernier choc. L'Hôtel de Ville est incendié par les Gardes Wallonnes. Pellemans, avec la S.D. recueille les adresses des familles des maquisards. Neuf personnes sont arrêtées, dont quatre sont mortes en Allemagne.
  • Le 1er septembre enfin, nous assistons à l'attaque du maquis de Graide ; Il y a 17 morts.

Recopié par Louis Baijot de Graide le 13 juillet 2012.

16. Le Couzot


Désiré ISTASSE, dit le COUZOT, bourgmestre rexiste de Bièvre


Article de presse : La Meuse, Namur – 9 avril 1946. La Gestapo de Dinant devant ses juges
Gestapo Dinant – Interrogatoire de prévenus.

Il est bien le pire bandit de l'ignoble bande dont il fait partie.
Le chef de cellule, devenu bourgmestre rexiste de Bièvre, gère sa commune en se conformant avec complaisance aux désirs de l'occupant.
Il recevait volontiers les Allemands qui venaient arrêter les réfractaires et les ravitaillait copieusement ; arrogant comme un Boche. Il était la terreur du village et des environs. Il a tellement procédé à des arrestations qu'il ne se souvient que des principales. Le Président doit lui rafraîchir la mémoire et lui citer le nom des frères, Fastres, Louis Allen, Clarinval, Coulonval, Rollin, Varloy, Lamoline, Dorchimont, Sterpin, Bernard, Jaumotte et Roiseux.
La mémoire revient à Istasse qui ne discute que certains points insignifiants, mais nie l'arrestation de Georges Barbier, dont il s'est vanté.
Un exemple de férocité de ce bourreau est cette histoire des 3 malheureux frères Offerman de Liège qui, cherchant du ravitaillement dans la région, furent poursuivis par Istasse qui fit feu sur eux, en blessant grièvement deux et arrêta le troisième. Emmenés en Allemagne, deux revinrent seulement des camps d'extermination. C'est ici que se place l'épisode qui vient de faire procéder à l'arrestation du père Istasse, qui s'est fait garde des blessés afin d'éviter leur évasion.
Furent arrêtés également : Servais, Mathieu, Labouverie et Collignon par le bourgmestre de Bièvre.
Il est impliqué dans 16 affaires dont le bilan se totalise par 48 morts et 30 arrestations.

Retapé par Louis Baijot le 11/7/2012


Une victime d'Istasse.


Article de presse : Vers l'Avenir – 11 avril 1946.

M. Offerman Joseph, rescapé du camp d'Oranienburg, conte simplement l'attaque dont lui et ses frères ont été victimes à Bièvre. Alors que les Offerman quémandaient du ravitaillement, et venaient d'essuyer un refus de la part d'Istasse père, Istasse fils (le Couzot) survint armé et tout en criant « Haut les mains », il ouvrit le feu sur le trio blessant mortellement l'un des frères, blessant au poumon le témoin Offerman Camille qui dépose à son tour. Maguy Mouchet, qui arrivait à la rescousse a gardé Offerman Joseph avec Istasse père.
Les allemands sont venus chercher le malheureux et l'ont envoyé à Buchenwald, puis à Dora. Tout cela pour avoir mendié quelques kilos de pommes de terre dans un village terrorisé par un gauleiter rexiste.

Recopié par Louis Baijot Graide, le juillet 2012

ISTASSE l'accusé au procès de la Geastapo de Dinant.


Journal Sambre et Meuse du 9 avril 1946

ISTASSE Désiré ( appelé le Couzot), né à Bièvre le 5 juillet .... , cultivateur, domicilié à Bièvre, rexiste de vieille souche est entré en rapport avec Lambert de Vresse. Est devenu chef de cellule, chef de groupe, puis Hilfgendarme. Il était pro-allemand convaincu. Il a accompagné la Gestapo et les Allemands dans des perquisitions et des arrestations.
L'ancien bourgmestre rexiste a commis les pires exactions. Il a traité les détenus avec cruauté. L'inculpé reconnaît la presque totalité des faits mis à sa charge Il s'est rendu coupable de meurtres sur divers patriotes.
Son activité directe ou indirecte avec la S.D. a été la cause de la mort de 48 personnes et de la détention à plus d'un mois de 30 autres.
Istasse reconnaît la tuerie contre les frères Hofferman, il en est l'auteur.

Recopié par Louis Baijot, Graide le 17 juillet 2012


Les exploits d'ISTASSE.


Vers l'Avenir 11 avril 1946.

Madame Defrère, épouse de M.Mathieu, Bourgmestre de Rienne raconte l'arrestation de son mari, qui n'est pas encore rentré d'Allemagne. C'est Istasse qui pilotait Kestelyn et Stampe. Prié d'indiquer quels sont les gestapistes, M. Lecocq Alphonse de On (trois mois à Breendonck, 12 mois à Buchenwald), indique Stampe, Kestelyn et Schoonbroodt. Tous trois avouent. Madame Defrère, mère, de Rienne, confirme les déclarations de sa belle-fille. Après avoir arrêté M. Mathieu, les gestapistes ont fouillé la maison. On entend sur les mêmes faits, Delaite Elisée, de Rienne.

M. Sterpin père, brasseur à Bièvre a assisté à l'ignoble agression d'Istasse contre les frères Offerman. Il en narre les détails. Il n'y avait aucune provocation de la part des victimes. M. Sterpin dénonce, avec véhémence, les exactions d'Istasse, la terreur du village.  Le public applaudit et le président doit intervenir.
Mlle Sterpin de Bièvre dépose dans le même sens.

M. Lucy Gaston, cultivateur à Bièvre, a été arrêté plusieurs fois, sur indication de Istasse Désiré. Istasse a procédé à un interrogatoire du témoin et l'a battu.

L'audience est levée à 17 h.30.

A.B.

Recopié par Louis Baijot, Graide, le 14 juillet 2012


ISTASSE, défendu par Me Sténuit.


La Meuse – 16 avril 1946.

C'est au jeune Maître du Barreau Namurois qu'incombe la lourde tâche de défendre le sinistre Istasse Désiré ; Bourgmestre rexiste de Bièvre, Hilfgendarme, dénonciateur et assassin.
Me Sténuit examine d'abord les actes qui ont amené son client à devenir traître à la patrie. Istasse est un primaire parmi la catégorie des imbéciles qui, après avoir été un adhérent du parti rexiste, ont persévéré dans le mal alors même qu'ils savaient que Rex était passé à l'ennemi.

C'est ainsi que Istasse se laissa convaincre par les belles promesses de Lambert, de Vresse et de Mouchet, de Bièvre qui le poussent au pouvoir en le faisant accéder au poste de bourgmestre de son village. Devenu bourgmestre, il multiplie les exactions et les menaces à l'égard de ses concitoyens. Il s'en serait peut-être tenu à ce simple délit, si l'influence détestable de sa femme ne l'avait excité, notamment à tuer un jeune inconnu qu'il venait d'arrêter.

Il devient plus mauvais et ce primaire cherche à se venger de tous ceux qui lui en veulent. C'est seulement sur la fin de la guerre qu'il devint un abîme de déchéance.

L'avocat demande à la Cour de juger sur les faits matériels, mais espère qu'elle tiendra compte de circonstances exposées pour que s'exerce une justice libre et sereine que tout le monde attend.


Me STENUIT.


La Meuse-Namur du 17 avril 1946.

La défense d'Istasse devient celui de l'autre maïeur, Schoonbroodt. Les deux cas sont presque identiques. Tous deux ont subi de mauvaises influences et se sont laissés porter au pouvoir.
Il est logique de les voir tracasser leurs concitoyens qui ne pensaient pas comme eux. A la firme où il travaillait à Bruxelles, les patrons exigèrent de leurs ouvriers ou l'inscription au parti rexiste ou le renvoi. Rentré à Olloy, Schoonbroodt s'est cru devenu une notoriété. Ce qu'il a fait par après, ce sont des actes de dévoyé, gangrené par la théorie de Rex.
Adroitement, le jeune maire glisse sur l'activité du maître et demande qu'il lui soit tenu compte de circonstances atténuantes.


Me STENUIT.


Sambre et Meuse - 16 avril 1946.

Me Sténuit du barreau de Namur, défenseur du N° 6, le sieur Istasse Désiré, ex-bourgmestre de Bièvre commence sa plaidoirie par la citation d'un aphorisme hindou : "Je ne savais pas qu'il y eut tant de mal sur la terre."
Le jeune avocat déclare n'avoir jamais mesuré qu'en suivant les débats de la S.D. de Dinant, le mal qui pouvait être fait à des hommes par des hommes. Il décrit la véritable portée du débat qui a surtout une portée psychologique.
Il décrit aussi la portée qu'eut la propagande idéologiste rexiste sur des imbéciles comme Istasse, qu'elle conduisit jusqu'à la trahison, jusqu'au crime. Son client fut entraîné sur le chemin du déshonneur par Léon Lambert de Vresse et Mouchet de Bièvre, tous deux très justement abattus par les patriotes.
Istasse devient indicateur patenté, puis assassin.
L'avocat décrit l'influence néfaste de la femme de l'accusé qui, grisée par l'orgueil du pouvoir, l'excite jusqu'à l'inviter à abattre un jeune homme qui aurait mal parlé de lui !
Istasse, ce pleutre goujat n'aurait pas été déchaîné s'il n'avait été atteint dans ses biens les plus chers.

Recopié par Louis Baijot,Graide le 17 juillet 2012

17. STAMPE Raymond, très actif à Bièvre


Aussi très actif dans la région de Bièvre, ce membre de la SD Dinant fait partie de la mouvance d'ISTASSE.

Activités au sein de la Gestapo de Stampe Raymond.


Tiré de l'exposé des faits par A.R. Conseil de guerre de Dinant. Dossier N° 419/1944 le 8/4/1946

Accusé N° 1 . STAMPE Raymond, Adelin, Eugène, Ghislain, cordonnier, né à Wépion le 11-12-1926.
Etait caporal de carrière, il est domicilié à Bouvignes.

Fait prisonnier par les Allemands le 28 mai 1940, il est évacué en Allemagne, mais il revient comme blessé le 1 janvier 1941. Il est hospitalisé jusqu'au début de février 1942.
Il s'établit alors comme cordonnier, mais dès le mois de mai 1942, il entre au maquis de Bièvre, où il séjournera jusqu'au mois d'août. De Bièvre, il passe au maquis de Vonêche, il est arrêté le 19 juin 1943, par les Allemands. Il est interné à la citadelle de Liège d'abord, puis à la prison de Saint-Gilles, où aux environs du 15 août 1943, on lui offre d'entrer à la S.D. (Gestapo : Sicherheit Dienst)) comme indicateur.

Stampe accepte et pour première affaire offre de livrer et livre le camp de Bièvre, dont il avait fait partie. Stampe reste au service de la S.D. jusqu'à la libération. Il évacua à Liège peu avant l'arrivée des Alliés ; il parvint à se glisser dans un mouvement de résistance, mais il fut bientôt arrêté.

Il est impliqué pendant son séjour à la S.D. à Dinant dans 26 affaires graves ayant au total entraîné la mort de 58 personnes et la détention de plus d'un mois de 70 personnes. En dehors de son activité à la S.D. à Dinant, on ne connaît à l'intéressé aucune activité nuisible.

Pour situer dès maintenant l'activité du personnage, je cite à titre d'exemple que, le 22 mars 1944, Stampe procède, en compagnie d'autres Belges, à l'arrestation du nommé MOTTE Léon. Pendant son transfert, MOTTE Léon essaye de s'enfuir, STAMPE fit feu et le tue.

Le 25 juillet 1944, il participe également au meurtre de COLLIGNON Eloy et il dépouille le cadavre. De nombreux autres faits lui sont reprochés, STAMPE reconnaît la plupart des faits.

Quelques noms parmi les victimes :

Mathieu Jacques
Defrère Marguerite de Rienne
Willem Thérèse de Bièvre
Collignon Christian
Dumont Pauline de Marloie
Henrotin Pierre de Marloie
Barre Fidèle

MORTS :
Macq René – Motte Léon - Dorchymont Joseph – Collignon Eloy – Puffet Louis – Puffet Raymond - Colot Jules – Nicaise Henri – Caynot Léon.…

Recopié le 13 juillet 2012 par Louis Baijot de Graide


STAMPE Interrogatoire


Sambre et Meuse – 10/04/1946

L'interrogatoire de Raymond STAMPE nous apprend que, après son arrestation comme maquisard, le prévenu au cours du second interrogatoire que lui fit subir Abicht, fut engagé par celui-ci à venir à la Gestapo. Il y entra pour se sauver, y travailla sous le nom d'Eugène, mais affirme avoir été depuis avril 1944 en rapport avec le parti communiste pour lutter contre le nazisme.
Il reconnaît tous les faits repris à sa charge et avoue facilement le meurtre de Léon MOTTE, ainsi que celui de COLLIGNON qu'il a achevé d'une rafale de mitraillette.
Le corps de ce malheureux ayant été jeté sur la route (devant le cimetière de Vonêche), STAMPE lui enleva son bracelet-montre.
Il reconnaît aussi s'être réintroduit au camp de Bièvre pour le livrer aux Allemands après avoir arrêté deux Polonais qui s'étaient confiés à lui.

Retapé par Louis Baijot de 11/07/2012

18. Les crimes de la SIPO (Houdrémont)


Vers l'Avenir 23 septembre 1949

Les crimes de la SIPO (1)

Affaire d'Houdrémont – Action 67


L'affaire d'Houdrémont a eu lieu les 23 et 24 août 1944.
Elle peut se résumer comme suit.

En août 1944, les mouvements de résistance procédaient à des opérations de guerillas contre les flancs des armées allemandes en retraite, car les faits que nous allons relater se passent au moment de la retraite.

La troisième section du groupe D de l'A.S. composée notamment de Diez Eugène – Dorchymont Joseph – Dion Paul – Leroy Albert – Mossiat Jean et Dorchymont Georges avaient pris position dans un bois situé à proximité d'Houdrémont. Dans la matinée du 23, une conduite intérieure allemande, suivie d'un convoi transportant des aviateurs, passe sur la grand-route. Un jeune homme, nommé Maquet Henri, de Bruxelles se trouve sur le marche-pied de la première voiture ; en vue de se protéger, les officiers aviateurs allemands l'avaient contraint de les accompagner pour la traversée des grands bois de la région. Des hommes de l'A.S. ouvrent le feu. La première voitura allemande ne s'arrête pas et continue sa route vers Bièvre. Le restant du convoi (un camion et une voiture) est immobilisé et les occupants sont tués ou grièvement blessés. Le jeune Maquet, profitant du désarroi, se réfugie dans le bois.

S'attendant à une riposte de la part des allemands, la section de l'A.S. prend position à l'orée du bois, à droite et à gauche de la route. Dans le courant de l'après-midi, le Kommando Alsthalter et les compagnies du Kriegsmarine, ainsi que la SIPO de Dinant, renforcée d'éléments de la Feldgendarmerie, arrivent sur les lieux. Les allemands parviennent à encercler les positions des résistants. Diez est blessé, Dorchymont Joseph est tué au combat. Dion Paul, Leroy Albert, Maquet Henri qui s'était joint au groupe et Mossiat Jean sont successivement capturés. Le restant du groupe de l'A.S. a réussi à sortir indemne de l'engagement et réussit à se replier.

Mossiat Jean, immédiatement interrogé accepte d'indiquer l'emplacement du camp de maquisards. Il entraîne le groupe à travers bois, le conduit très loin. En arrivant aux bords d'une mare, il s'arrête, espérant avoir donné assez de temps à ses camarades pour se réfugier. Les allemands s'aperçoivent qu'ils ont été des dupes et Graff donne l'ordre d'abattre Mossiat.

Dans la soirée, le camp est découvert, mais il est vide. Il sera gardé pendant toute la nuit par un Groupe de Kriegsmarine.

En traversant Houdrémont, le Kommando arrête deux jeunes gens : c'est Collin Roland et Michel Marc. Le frère de Dion Paul est abattu par les Allemands alors qu'il tentait d'échapper à l'arrestation. Il est achevé sur place d'une balle de revolver. Après avoir été cruellement battus, tous les prisonniers dont dirigés sur Bièvre. Joints à un autre lot qui se trouvait sur place, ils sont transférés à la Sipo de Dinant.

Leroy, interrogé promet d'indiquer un camp français de maquisards se trouvant dans la région de Nafraiture. Le lendemain, 24 août, le kommando Asthalter, la Sipo de Dinant, des membres du S.D. de Charleville, la Feldgendarmerie de Dinant reviennent à Houdrémont pour exercer des représailles et pour attaquer le camp français.

Les opérations de la journée débutent par la destruction du camp de maquisards repérés la veille. Et puis, à titre de représailles, les allemands prennent comme otages tous les hommes du village de 18 à 40 ans. Ils prennent même des gens de passage. Toutes ces personnes sont parquées dans une prairie un peu en dehors du village et se trouvent sous bonne garde. Graf les fait coucher sur le sol et leur tient un discours plein de menaces Pendant ce temps, le kommando Asthalter et la S.D. de Dinant forcent le restant de la population à évacuer. Les maisons sont mises à sac et lorsque le village est vide, les allemands font sauter cinq fermes et habitations et incendient l'église. Ils font même sauter à Bièvre la maison du maquisard Dorchymont, abattu la veille.

Ensuite, procédant à un tri parmi les otages, ils en libèrent sept et embarquent une vingtaine d'autres dans des camions de la Kriegsmarine vers Bièvre, et de là à Dinant , pour être transférés à la prison de Namur. Sept personnes déportées en Allemagne n'en sont pas rentrées.

Tôt dans le courant de l'après-midi, un groupe composé de membres du S.D. de Dinant et du kommando Asthalter partent vers la frontière française ; le maquisard Leroy les accompagne. ans la région de Nafraiture, les voitures s'arrêtent et Leroy est obligé de conduire les llemands à l'emplacement du camp français. Les avant-gardes signalent la présence de 'ennemi au camp ; la bataille commence. Quoique supérieurs en nombre, les allemands se retirent sous la violence du feu concentré sur eux. Leroy est abattu sous prétexte qu'il a conduit les allemands dans un guet-apens. Sans être parvenus à anéantir les effectifs du camp, l'ennemi se replie sur Houdrémont, emportant ses morts et blessés.

Tous les prévenus sont accusés d'avoir porté le massacre, la dévastation et le pillage à Houdrémont .
Asthalter est en outre accusé d'avoir fait des incendies criminels.

Recopié par Louis Baijot, Graide le 14 jullet 2012.


19. Au pays de Dinant. Procès


Article de presse : Sambre et Meuse 15/4/1946

Le procès des tueurs de la S.D. de Dinant.

La voie du crime ? Une ambition exacerbée.


Ce procès compte déjà cinq journées pleines. Cinq journées qui se sont marquées par un crescendo dans l'horreur. Cinq journées qui nous ont permis de mieux nous rendre compte de la véritable activité du fameux 'Sicherheists Dienst" du S.D. de Dinant, de ce "kommando avancé" du crime, annexe de la trop célèbre et tragique Gestapo qui, certes, n'a rien à lui envier .
Si la Gestapo était synonyme de crimes et de torture, la S.D. était synthèse de tortures et de crimes.
Qui ne connaissait l'Hôtel des Postes, siège de cette S.D. ? Qui ne le craignait ?
Le chef direct était allemand, certes. C'est normal vu que, dans l'organisation du crime, l'Allemand est passé maître. Mais, ses valets obéissaient aux ordres donnés ; ceux-là étaient Belges. Ils le prétendent du moins, mais en fait, ne se sont-ils point montrés plus barbares, si c'est possible, que leurs maîtres eux-mêmes. Un Allemand, un boche, disons-le, a pleuré, parait-il, à la vue d'un patriote, d'un maquisard qui, amené en cet Hôtel des Postes, y fut ignoblement torturé. Sanglant, méconnaissable, il fut confié à la garde de ce boche. Et devant tant de souffrances, ce Boche pleura. Il fut bien le seul peut-être de tous ceux de cette race immonde qui se soit laissé aller à un quelconque sentiment d'humanité. Sanglant ! Ne venait-il pas d'être "questionné" par ceux qu'encore ce jour, on ne peut qualifier de Belges, de compatriotes. Non ! Trois fois, non !
Ces 17 brutes infâmes qui sont là, alignés sur deux rangées de bancs, ces ignobles tueurs ne méritent certes pas cette appellation de Belge, ce nom de Belge que beaucoup des nôtres ont glorifié en lui offrant leur sang en holocauste !
Mais oui, que s'est-il passé, en somme, ou plutôt, comment une telle bassesse a-t-elle pu se réaliser ?
C'est que leur comportement, leur "modus vivendi", leurs sentiments, même les plus intimes, ont été obnubilés par l'appât d'un gain illusoire offert par l'Allemand qui, sans eux, n'aurait pou réaliser sa triste mission. Ils sont devenus des indicateurs, de là, policiers, de là, assassins ! Ces hommes – peut-on même encore les appeler ainsi – ont été séduits certes par les promesses fallacieuses d'une vie facile, d'une considération toute spéciale, d'un standing de vie bien différent de celui qu'ils eussent pu espérer pouvoir tenir un jour …
C'est inimaginable, certes. Mais, c'est tout aussi vrai.
Mais où le cynisme atteint son point extrême, c'est que, de toute cette activité, de cette horrible activité, ces tueurs professionnels tels que Stampe, Motte, van Cotthem, Istasse et autres ne manifestent aucune honte, aucun remords, aucune contrition.
Non ! froidement, cyniquement, comme par gloriole, ils avouent, ils reconnaissent tout dans les détails ….
Et Istasse, dans sa geôle, s'est plu à raconter avec sadisme, toutes les circonstances dans lesquelles se perpétrèrent ses crimes et comment, gestes et attitudes à l'appui, il les commit.
Cinq jours ont passé depuis ce lundi qui vit s'ouvrir les débats d'un procès que tous attendaient. Les victimes, une faible part, hélas ! ont déposé dans le calme à la barre des témoins. Toute la lumière a été ainsi faite sur les  "tueurs de Dinant". Les avocats de la partie civile ont déposé leurs conclusions et demandes d'indemnités.
Lundi sera entendu le dernier prévenu, le N° 20 qui inculpé dans l'affaire de Breendonk, a comparu devant la Cour de Malines. Jean Pellemans, van Campenhout s'étant suicidé, Claes et Collette étant toujours fugitifs, la sinistre bande connaîtra le verdict mardi soir.
Avec les familles des 329 victimes, attendons-le avec confiance …

A.V.L.

20. GESTAPO DINANT - Réquisitoire - La Défense


Cet article de presse résume assez bien les activités des différents membres de la SD Dinant, son organisation et son sinistre bilan.
Les plaidoiries des différents avocats de la défense nous permettrons ensuite d'en connaître un peu plus sur le passé et le caractère des inculpés.

Sambret et Meuse du 16 avril 1946

REQUISITOIRE de Mr l'Auditeur Halleux.

Allemands sur la sellette.

Interrogatoire de l'accusé N° 20 nommé Jean Léopold Auguste Gaston PELLEMANS, employé de banque, né à Rumpst le 17 mai 1923. Il est domicilié au n° 4, rue de Florent Gevers, à Edegem.
Le Président HAVEAUX l'inculpe d'avoir appartenu du 11 avril 1944 au ... juillet 1944, à la S.D. de Dinant, d'avoir porté les armes, d'avoir participé à la transformation d'institutions légales. Il a commis ces infractions, puis ces crimes par esprit de lucre. Il est mis à sa charge également de nombreuses dénonciations.
Monsieur l'Auditeur HALLEUX fait un court mais précis exposé des faits.
PELLEMANS fit partie du 27 juillet 1940 au 15 mars 1941, des Waffen SS. Il fut interprète à  Breendonck et a comparu pour ce fait devant le Conseil de Guerre à Malines. Il fut aussi par la suite, homme de garde de la S.D . de Bruxelles, puis à celle de Dinant. Il remplaça effectivement comme interprète Marcel Sirrès. Il participe à 10 opérations importantes. Parmi celle-ci, citons : l'arrestation de 4 personnes, dont Monsieur Warny ; l'action contre le maquis du Condroz (30 personnes furent arrêtées) ; l'opération contre Houdrémont ; l'expédition de Pessoux au cours de laquelle 49 personnes ...; la plupart ne sont pas rentrées ; l'action contre la ville de Ciney.
En résumé, du fait de Pellemans directement, 3 personnes ont trouvé la mort ; d'autres ont subi des détentions plus ou moins prolongées. De sa participation aux nombreuses actions, Pellemans est co-responsable de nombreux morts et de nombreuses déportations dans les camps d'extermination d'Outre-Rhin.
L'accusé n° 20 est en aveu de la plupart des faits mis à sa charge.
L'interrogatoire de Pellemans par le Président est très court et la présence de témoins s'avère inutile, puisque l'accusé reconnaît les charges qui pèsent sur lui.

Le réquisitoire.

Monsieur l'Auditeur HALLEUX ne veut pas aborder son réquisitoire sans remercier ceux qui, pendant de longs mois, l'ont aidé à mettre en lumière les souffrances de près de mille personnes et à dépister les coupables. Monsieur Halleux cite d'abord sur un pied d'égalité :
MM.Leyman et Frippiat, inspecteurs de la Sûreté d'Etat, ainsi d'ailleurs que M. Nicozet.
L'auditeur parle ensuite de ceux qui, venus après, ont également de grands mérites dans la rédaction des charges établies contre les 20 coupables jugés en ce grand procès, à savoir :
MM. Fontaine, Deleuze, Haroy. La brigade des recherches reçoit également les félicitations de M. Haleux. Elle a pour chef M.Liétard. M. Lambert a dressé un album contenant les photos de 327 victimes. Ce travail conséquent est admirable.

Le réquisitoire de M.Haleux sera aussi court que possible. Il retrace tout d'abord dans ses grandes lignes l'action complète de la S.D. de Dinant, son activité horrible. Il met en relief le rôle prépondérant joué dans la répression par la S.D. en Belgique et spécialement à Bruxelles, Liège et Dinant.
En cette dernière Gestapo, le rôle de ces belges est particulièrement ignoble et néfaste. Le tragique bilan met en relief la bestialité de ces auxiliaires plus cruels que les boches : 8272 personnes ont été identifiées comme ayant eu à souffrir les sévices de ces séides de l'occupant. Parmi celle-ci, 329 ont trouvé la mort et 200 autres furent expédiés dans les camps d'extermination pour de longs mois. La plupart sont rentrées lourdement handicapées et sont toujours en traitement, ayant une plus ou moins grande invalidité après avoir subi et enduré un véritable calvaire.
La Sûreté de Dinant a réussi le tour de force de mettre sous les verrous la presque totalité des membres de la S.D. à l'Hôtel des Postes : 18 inculpés sont présents, deux sont défaillants : Claes et Colette. Désiré Paquet est détenu à Charleroi ; Pirmolin, détenu, condamné à mort ; Saburgé et Dendael, détenus à Liège ; Herolst (détenu), Samson Cyrille (détenu), Marcel Sirrès et Siekers , détenus à Luxembourg, Schubring, Hanke, Limpach sont également arrêtés comme criminels de guerre ; les autres suivront. Jeanne ….eurer, grande coupable, sera bientôt jugée. Sont déjà condamnés à mort comme indicateurs de cette S.D. : Hubot, Gilson, Avril, Sellier, de Radiguez, Lissoir, Warzée, etc.
C'est-à-dire que grâce à nos Sûretés, la presque totalité des assassins subira un juste, mais implacable châtiment.

Monsieur l'Auditeur Halleux retrace une nouvelle fois, mais brièvement le fonctionnement de l'horrible organisation policière allemande et tout particulièrement celle de la S.D. Il énumère toutes les opérations auxquelles a pris part la S.D. de Dinant et dresse un bilan particulièrement tragique de son activité.
L'Auditeur dit la composition de l'organisation de l'Hôtel des Postes qui comprenait des indicateurs attitrés, des chauffeurs, des interprètes, des hommes de garde. Il décrit leur rôle particulier, mais tous se sont montrés des policiers de bas étage et tous ont participé à des actions constituant de véritables assassinats individuels ou collectifs.

Une jolie bande d'assassins.

A. Parmi les indicateurs attitrés jugés aujourd'hui, citons Stampe, Schoonbroodt, Colette, Kestelyn, Putzeis, Frérotte, Istasse, Perpète Suzanne.
Leur rôle, qui est un des plus abjects, était de s'introduire dans les groupes de résistants et de maquisards dans le but d'en tirer les renseignements les plus précis afin de permettre des actions réunissant les plus grandes chances de réussite avec les moindres risques. En somme, ils jouaient le rôle odieux de "mouton". Ce n'était pas suffisant, ils participèrent à des tortures et à des meurtres.
Voici quelques faits :
Stampe : le 27 août 1943, dénonce le camp de Bièvre, dont il fait partie.
Kestelyn : se fait passer pour maquisard près de ceux de Jemelle. Il organise avec eux une expédition, mais prend rendez-vous avec la Gestapo (5 morts)
Schoonbroodt : même fait pour Olloy.
Putzeis : indicateur spécialiste . Dénonce même sans être en service le camp de Regniessart.
Perpète Suzanne : fait arrêter Maurice Deville à l'Hôtel Terminus à Dinant où elle lui avait donné rendez-vous.
Frérotte ( le p'tit Français) : cherche le camp de Morville. A défaut de le trouver, il s'introduit chez des résistants le 23/12/1943. Il les dénonce.

B. Comme chauffeurs de la S.D., nous avons : Motte, Mouton, Alberty, Rombaut. Ils furent chauffeurs à l'occasion d'arrestations, d'actions et lors d'opérations, ils furent de réels assassins après avoir été de réels policiers.
Se sont distingués comme tels :
Motte : le 18/9/1943 qui bat Dave arrêté par la S.D. Le 25/6/1944, lors du combat de Maibelle, il bat les malheureux prisonniers dans une grange avec son bâton.
Mouton : Le 13/1/1944, arrête lui-même un réfractaire (est-ce là le rôle d'un chauffeur)

C.  Nous en venons maintenant à examiner le rôle des interprètes de la S.D. ou Gestapo dinantaise. Ils étaient quatre, à savoir : Van Cotthem, Coppin, Adam Marina et Jacob. Ces quatre traducteurs, à part la fille Mina, sont d'anciens légionnaires. Tous quatre ont battu des détenus. Tous quatre ont procédé à des arrestations. Tous quatre ont fait partie des attaquants de maquis ou de camps.

D.  Examinons ensuite le rôle par nos hommes de garde de la S.D. de l'Hôtel des Postes. Parmi ceux-ci, le N° 19 : Raoul SERVAIS. C'est dans le lot des accusés le seul qui inspire un peu de pitié à l'Auditeur, encore qu'il laisse libre, à la Cour, d'appliquer la peine capitale. Cet homme de garde qu'était SERVAIS vivait seul au pays. Il a voulu partir en Angleterre. Il a manqué le rendez-vous fixé et s'est laissé entraîner à la S.D. de Bruxelles, puis à celle de Dinant, où il a commis les crimes que l'on sait. Monsieur l'Auditeur cite encore le nom de ceux qui personnellement, ont été les auteurs de meurtres :
Stampe a notamment abattu Motte qui s'enfuyait. Il a achevé Eloy COLLIGNON qui était blessé.
Colette a lâchement assassiné Eloy COLLIGNON. Il l'a raté et l'a laissé mourir.
Kestelyn a tiré à bout portant sur Nassogne. Il a abattu Jean Olivier alors qu'il avait des chances de pouvoir échapper à la Gestapo.
Istasse, ce bourgmestre félon, fut l'assassin de trois réfractaires liégeois, les frères Offerman. Un est mort ; deux sont grièvement blessés.
Coppin se targue entre autres choses d'avoir abattu deux maquisards à Houdrémont.
Collette fugitif tua Jean MILLER.
Claes fugitif tua le malheureux BEAURAING.
Rombaut, à Beauraing, attaque le patriote MACQ dans une maison où il a pris refuge et lance des grenades contre ce malheureux. MACQ est mort.
Frérotte, le 26/12/1943 a tiré sur le vétérinaire de Morville.
L'énuméré des crimes cités ci-dessus en dit assez. Huit inculpés convaincus de tentatives de meurtres et un détrousseur de cadavre.
Le réquisitoire touche à sa fin. M. Haleux a suffisamment et impitoyablement relevé les charges contre les prévenus qu'il cite encore une fois dans l'ordre.
STAMPE (N° 1) a sur la conscience la mort de 58 personnes.
MOTTE (N° 2) est impliqué dans de nombreuses affaires ayant entraîné la mort de 208 personnes.
VAN COTTHEM (N° 3) est impliqué dans des opérations ayant entraîné la mort de 199 personnes.
MOUTON (N° 4) est impliqué dans des actions qui ont coûté la vie à 155 personnes.
KESTELYN a participé à 11 affaires graves : 26 morts. C'est le meurtrier de Jean OLIVIER.
ISTASSE (N° 6) , les bourgmestre bandit de Bièvre est l'assassin des frères OFFERMAN. Il a participé ou est impliqué dans 16 affaires graves : 48 morts.
SCHOONBROODT (N° 7), cet autre bourgmestre félon est dans 6 affaires graves : 10 morts.
COPPIN Christian (N° 9) est dans 11 affaires qui coûtèrent la vie à 76 personnes.
CLAES Charles (N° 11) et COLLETTE Robert (N° 12), tous deux fugitifs ont sur leur conscience respectivement 74 personnes et 82 personnes. Le N° 11 est le meurtrier de BEAURAING de Hamoir ; le N° 12, l'assassinat de COLLIGNON Eloy à Vonêche.
FREROTTE André, dit le petit Français, le N° 13 a eu 20 jours de séjour à la S.D. de Dinant. De par sa participation à 7 affaires, 14 morts sur la conscience.
FRANÇOIS Louis, le N° 18, le marmiton de la Gestapo, a joué un rôle dans les arrestations et l'on compte parmi ses victimes les frères FOCANT, de Ciney, le facteur LAMOTTE de Graide, DUMONT Nestor de Beauraing, STEVENS Benoît de Bruxelles, etc. Il fut aussi de l'arrestation de CHAMPT Fernand, d'Hastière, qui est mort.
ALBERTY Henri (N° 16) a participé à la traque des Juifs. Il estime à 21.000 le nombre de Juifs arrêtés. Ils furent internés à Malines et envoyés en Allemagne par convoi de 4.000. Il a assisté à des scènes horribles en 3 semaines de séjour à Dinant. ALBERTY s'est compromis dans 4 affaires graves ayant entraîné la mort de 20 personnes.
PERPETE Suzanne (N° 14) , indicatrice et dénonciatrice, était armée. Elle a participé à des arrestations et à des actions.
PUTZEIS Marcel (N° 10), le grand Max, outre la dénonciation du camp de Régniessart, a participé à des affaires importantes, dont l'une a abouti à l'arrestation d'un Dinantais, l'Abbé DESIRANT, curé de Devantave. Compromis dans 3 affaires graves, il est co-responsable dans la mort de 4 personnes.
Mina ADAM (le N°15) est compromise dans 18 affaires ayant entraîné la mort de 77 personnes. Elle fut brutale avec les détenus.
Jean PELLEMANS, (N° 20) a été interrogé et inculpé au début de l'audience.
M.Haleux réclame la tête de 19 accusés.
Après avoir dit tout le rôle odieux joué par la S.D. de Dinant, M.l'Auditeur HALEUX requiert la peine de mort pour 19 accusés, dont 17 présents et 20 ans de travaux forcés pour SERVAIS Raoul, l'accusé N° 19.

Il faut louer particulièrement M. HALEUX de la clarté de son réquisitoire implacable et bref.
Les débats, semble-t-il, si les avocats de la défense ne sont pas trop longs, pourraient peut-être se terminer ce lundi. Ce serait un record pour une affaire de cette importance.

LA DEFENSE.

  • Me GOFFART du barreau de Dinant est chargé de la défense des accusés N° 1 - STAMPE et du N° 17 – ROMBAUT Cyrille. Ce dernier fut déjà condamné à mort par la Conseil de guerre de Dinant en date du 25/9/1945.
Me Goffart s'incline devant les victimes des membres de la S.D. Il rend un fervent hommage à leur mémoire et à leurs souffrances auxquelles il compatit.
La tache du défenseur s'avère impossible. Il fait état du rôle noble de la défense qui n'a pas le droit de se récuser. Le jeune avocat dinantais s'attache à chercher des circonstances atténuantes à Stampe, ce père de famille de 4 enfants, âgé de 35 ans dont le rôle d'indicateur fut particulièrement odieux ; il trahit ses compagnons du maquis.
  • Me VAN GEERBERGEN, de Bruxelles, entreprend la défense de l'accusé N° 2, André MOTTE qui, dit-il, n'est pas un criminel sans excuse. C'est un malheureux garçon qui a droit à des circonstances atténuantes de par sa jeunesse malheureuse. Fils d'un père joueur et buveur qui abandonna sa femme enceinte dès son jeune âge, Motte ne connut que la misère morale d'un milieu pernicieux. La mère de Motte tenait une maison de large hospitalité. L'accusé n'aurait pu recevoir de bons conseils dans cette maison d'accueil. Il eut une éducation morale perverse. Détail particulièrement odieux : l'enfant, dit l'avocat, n'avait pas de chambre. Il logeait dans la chambre que les clients laissaient libre. André Motte, de par son hérédité, aurait, d'après Me Van Geerbergen, sa responsabilité largement atténuée. Un rapport médical est présenté.
  • Me MUSSCHE de Bruxelles est le second défenseur de Motte, à qui on ne peut imputer une responsabilité entière. Compte doit lui être tenu dans l'application de la peine.
  • Me Benoît LE BOULANGE du barreau de Dinant est chargé de l'impossible tâche de défendre Kestelyn, le N° 5. L'avocat fut des amis de Jacques Thibaut, de l'Abbé Désirand, curé de Devantave, entre autres patriotes. Pour lui, dans ces circonstances, le devoir est particulièrement pénible à remplir. Le BOULANGE défend encore le N° 3, Van Cotthem Théodore. Les charges qui pèsent sur les accusés sont lourdes ; cependant, l'avocat dinantais remplit son devoir et s'efforce d'obtenir quelques points à l'avantage de ses clients.
En ce qui concerne Kesteleyn, ce jeune voyou, l'amant de Marie Dubas, Maître Le BOULANGE décrit la confrontation de la mère et du fils. La maman n'en croyait pas son entendement. Finalement, elle dit : "Tu n'es plus mon fils. Prépare-toi à mourir !"
L'avocat a préparé ses clients à la parution devant le Conseil de guerre en leur disant :
"Tâchez au moins de mourir mieux que vous n'avez vécu". Ceci pour dire combien la tâche du défenseur est impossible.
  • Maître SAINTRAINT du barreau de Namur, défenseur du N° 4, Prosper MOUTON, l'homme de Spy. Fils d'une mère allemande, ses réactions ne peuvent être celles d'un fils de parents belges. Pour cela, il aurait droit, parait-il, à certaines circonstances atténuantes. C'est ce que s'attache à démontrer le défenseur.
  • Maître STENUIT du barreau de Namur, défenseur du N° 6, le sieur ISTASSE Désiré, ex-bourgmestre de Bièvre, commence sa plaidoirie par la citation d'un aphorisme hindou : "Je ne savais pas qu'il y eut tant de mal sur la terre". Le jeune avocat déclare n'avoir jamais mesuré qu'en suivant les débats de la S.D., le mal qui pouvait être fait à des hommes par des hommes. Il décrit la véritable portée du débat qui a surtout une portée psychologique. Il décrit aussi la portée qu'eut la propagande idéologique rexiste sur des imbéciles comme Istasse, qu'elle conduisit jusqu'à la trahison, jusqu'au crime. Son client fut entraîné sur le chemin du déshonneur par Léon Lambert de Vresse et Mouchet de Bièvre, tous deux très justement abattus par les patriotes. Istasse devint indicateur patenté, puis assassin. L'avocat décrit l'influence néfaste de la femme de l'accusé, qui grisée par l'orgueil du pouvoir, l'excite jusqu'à l'inviter à abattre un jeune homme qui aurait mal parlé de lui !
Istasse, ce pleutre goujat n'aurait pas été déchaîné s'il n'avait été atteint dans ses biens les plus chers.
  • Me STENUIT accepte la défense à l'improviste de Schoonbroodt, il le fera demain matin.
  • Maître GOOSENS de Bruxelles défend l'accusé n° 8, COPPIN Christian de Forest ; Quelle que soit l'horreur que provoquent les forfaits des hommes que l'on juge aujourd'hui, ils doivent être défendus. Ils doivent être traités avec sécheresse, mais sans passion.
Le défenseur du N° 8 prétend que tous les points de la prévention ne sont pas établis et il s' efforce de le démontrer. On ne le comprend pas très bien puisque l'accusé lui-même, dans son carnet-journal se vante d'avoir abattu lui-même deux maquisards lors de l'attaque du maquis d'Houdrémont. L'avocat dit encore qu'il n'est pas prouvé qu'il y ait eu mort d'homme !
Son client a cependant reconnu avoir participé de tout coeur aux actions qui lui ont été commandées. Il reconnaît aujourd'hui les erreurs. Cependant, le défenseur ne se leurre pas, les charges et les forfaits étant particulièrement nombreux. Il fut la victime de sophisme. Fils unique de braves gens "un grand corps au petit esprit", c'était une petite tête qui fait le désespoir de ses parents. Il refusa de prêter serment à Hitler et c'est le fait, dit son avocat, qui décide dans le machiavélisme boche son envol à la S.D. où il a battu ses détenus.
Maître GOOSENS demande à la cour de ne pas suivre le réquisitoire de l'Auditeur Militaire jusqu'à la condamnation capitale pour l'accusé qui, à l'époque des faits, n'avait que 20 ans.
  • Maître ABSOLONNE de Dinant défendra dans l'ordre respectivement les accusés N° 14, N° 15 et N° 9 : savoir Suzanne PERPETE, Mina ADAM, Charles JACOB. Le défenseur entreprendra pour commencer la défense de la chaste (200 amants !) Suzanne. Il a rarement rencontré une femme qui méritait mieux que l'épithète à laquelle tout le monde pense. Elle se serait mieux trouvée en maison close où elle aurait fait moins de mal. Elle fut plutôt la victime de cette passion maladive. Elle est la créature de ses amants et non de la Gestapo. Elle est d'ailleurs, dira son avocat plutôt bête que méchante. Lors des interrogatoires, elle étalera son vice avec complaisance. La défense livre le sort de Suzanne Perpéte à la Cour et demande de tenir compte de son état.
  • Maître ABSOLONNE nous parle ensuite de Mina ADAM, venue du Luxembourg. A 18 ans, elle devint l'épouse du sinistre Matthys, ce V.N.V. notoire. Sous son emprise, elle deviendra, une adepte elle-même du V.N.V. puis de la S.D. où elle avait l'emploi normal d'interprète. Si ses gestes brutaux envers ses … détenus, ce fut sous l'emprise de son chef Kokhe, de qui elle était la maîtresse.
  • L'avocat parle ensuite du troisième client, le N° 9, à savoir JACOB Charles, le plus jeune, âgé seulement de 21 ans. Le défenseur explique l'atmosphère de la famille Jacob. Son père qui était commandant de gendarmerie s'est rendu coupable de délation. Il a été cassé et condamné à … mois de prison. Le fils avait 17 ans … s'engage à Rex et dénonce ses condisciples. Il suivait des cours à l'Académie allemande de Liège ; il en sorti gangréné. On lui avait montré les beaux côtés du national-socialisme. Le drame est là.
Maître ABSOLONNE dit que son client regrette ses actes et surtout la dénonciation de son condisciple qui fut non tellement un acte de trahison, mais d'un esprit mesquin de vengeance contre le fils de l'avocat qui a plaidé contre son père. Les faits matériels sont établis, mais le défenseur demande qu'il soit tenu compte des circonstances atténuantes. L'avocat donne lecture d'une lettre du père LELOIR à la mère du Gestapiste. Elle dit que le détenu, le Père Leloir confessa son gardien, en l'occurrence Jacob Charles. Maître ABSOLONNE demande encore pour Jacob, de l'indulgence.
  • Maître BECCO de Liège, défenseur de l'accusé N° 10 , PUTZEIS Marcel, décrit la vie de Putzeis. Assez aventureuse au début de l'occupation, arrêté par les Allemands, il s'est mis au service de l'ennemi pour sauver sa tête. C'est ce que dira son avocat qui s'efforce, sans grande conviction de minimiser la portée des actes de son client. Il niera certains faits même alors que Putzeis les a reconnus. Me BECCO prétend que le grand Max est toujours resté dans son rôle de chauffeur, où il a rendu certaine services à des concitoyens.
  • Maître Jean COULONVAUX est désigné d'office pour défendre l'accusé N° 18, FREROTTE, dit le petit français. C'est une lourde tâche qui m'échoit, dit-il, de défendre celui que MM. le Président et l'Auditeur ont appelé de Comédien de la Bande. Il s'est fait là du tort. Ce n'est pas dans le dossier que nous trouverons, dit le défenseur, des éléments atténuants : nous devrons les chercher en dehors du dossier. Frérotte est un mythomane. Le dérèglement mental de cet homme n'est pas sur le plan de la démence ordinaire. Il est atteint de la folie morale, c'est-à-dire qu'il est incapable de savoir où est le bien et le mal. Me J. COULONVAUX demande à la Cour de considérer ces faits. Ce délinquant chronique si l'on peut dire, serait, en France, relégué.
Le défenseur demande de jeter un coup d'oeil sur le fond de l'affaire. Frérotte se distingua de la plupart des autres prévenus sur la fin de la guerre. Il a, dans des conditions non déterminées, été déporté à la Citadelle de Huy. L' avocat décrit la vie aventureuse de Frérotte, qui voyageait de France en Belgique se comportant sans avoir une idée exacte des sanctions qu'il pouvait encourir. Il fut arrêté par les Allemands et emmené en Allemagne. Rentré, il aurait été du maquis de Rièzes, puis il entre à la S.D. pour sauvegarder sa vie et celle de sa famille. Mis en présence d'Albricht, il lui aurait donné des renseignements sans portée. Les Allemands, hésitants lui laissent une chance et il est mis en liberté surveillée. C'est ainsi qu'il participa à quelques opérations. Quelle fut son intention véritable ? Pourquoi après 15 jours a t-il quitté la S.D. ? On ne comprend pas bien. Son comportement est celui d'un fantaisiste. Sur le plan moral, cet homme n'est pas tout à fait normal. Je sais, dit l'avocat, que dans ces affaires, c'est difficile de faire admettre cela ; il y a trop de morts. En d'autres circonstances, le Tribunal en tiendrait compte.
  • Me VAUCAIRE est désigné d'office pour défendre les accusés N° 20 et N° 18, à savoir Jean PELLEMANS et FRANCOIS Louis.
Le premier des accusés vient de Breendonck où il a comparu comme co-accusé tortionnaire. Venu à la S.D. de Dinant, il y remplace Sirrès. Blessé au combat de Maibelle, il participa notamment à l'arrestation du professeur Warny, en tenue et en armes. Le chef local du M.N.B. est mort en déportation. Pellemans participe aux affaires de Bièvre, Custinne, Pessoux, notamment. Le défenseur déclare que son client n'a été qu'un comparse.
Il en vient alors à la défense du cuistot de l'Hôtel des Postes, le sieur FRANCOIS Louis. Il discute le rôle joué par son client. Etant sourd, il n'aurait pu avoir un rôle déterminant. Me VAUCAIRE reconnaît que François a joué un rôle secondaire, mais demande au tribunal de doser sa responsabilité. L'accusé, dit encore l'avocat, provient de parents reconnus atteints de débilité mentale. Le Président réplique : Le prévenu le reconnaît ; il a déclaré à l'audience qu'il travaillait du chapeau.
Ce gestapiste fut, en 14-18, volontaire de guerre et se conduisit très bien. Il détient 7 chevrons de front et les plus belles distinctions. Le défenseur espère que le Conseil en tiendra compte.

L'audience est suspendue.

Recopié par Louis Baijot, Graide le 12 juillet 2012.

21. GESTAPO DINANT. Parties civiles


Vers l'Avenir –13 avril 1946.

Reprise d'audience vendredi matin, à 10 heures 20' devant un public qui tend à s'éclaircir, lassé sans doute par une interminable énumération de brutalité. La parole est aujourd'hui aux avocats des Parties Civiles.

Le premier, Me Gyselinx, partie civile au nom de Madame Mathieu, née Defrère, brosse le portrait de Gabriel MATHIEU, Bourgmestre de Rienne depuis 1926, organisateur d'un passage clandestin de frontière pour prisonniers français évadés. Il en a sauvé 127 ! Un jour, Istasse, Stampe et Kestelyn, renforcés plus tard par d'autres gestapistes sont venus l'arrêter et piller son habitation. Aux trois bandits précités, Me Gyselinx réclame 731.500 frs. de dommages et intérêts.

Me Adam, partie civile au nom de Siméon OLIVIER, père de Jean Olivier, assassiné par Kestelyn, exige, de ce dernier, le franc symbolique de dommages. Rappelons que Jean Olivier, interrogé par la S.D. sur l'endroit où se trouvait son frère maquisard, a voulu fuir. Kestelyn l'a descendu. Basculé comme une dépouille d'animal, le cadavre est resté trois jours sur la berge de la Meuse, devant l'Hôtel des Postes !

Me Charlotteaux se constitue partie civile contre Stampe, Istasse et Collette, auteurs et coauteurs du crime perpétré sur COLLIGNON à Vonêche. Il demande 300.000 frs. de réparation

Me Paulus, partie civile au nom de Madame Veuve ALBERT, mère de l'héroïque ALBERT Romain, chef du camp de Bièvre, fusillé par les Allemands, rappelle l'ignoble lâcheté de Stampe qui vend à la Gestapo, les camarades qui l'ont recueilli dans le maquis. Me Paulus exige de Stampe et d'Istasse 100.000 frs. de dommages.

Au nom des familles Offerman Camille et Joseph, Me LOISEAU réclame à Désiré Istasse qui les assaillit sans provocation une indemnité provisoire de 250.000 frs.
Me Loiseau, enfin, s' … et Schoonbroodt aux … somme de 400.000 Frs. pour Georges H…, d'Olloy, brutalisé par ces deux membres du S.D. et expédié en Allemagne, d'où le malheureux est revenu dans un état pitoyable.

L'audience est levée à midi.

Au début de l'audience de l'après-midi, Me Adam se désiste de la constitution de la partie civile pour Irma CLARINVAL. Il estime en effet que toutes les preuves existantes ne sont pas suffisantes à l'établissement des faits reprochés au détenu Istasse.

On entend ensuite Me Victor le Boulengé, qui dépose des conclusions pour Lorge de Dinant, qui fut déporté. Il réclame 198.500 frs. à titre de dommages et intérêts.

Me Le Boulengé, représentant l'Etat Belge, déclare ensuite ne pas se constituer partie civile contre les prévenus autres que les ex-bourgmestres Schoonbroodt de Olloy et Istasse de Bièvre. L'avocat estime que ce n'est pas la peine de poursuivre les autres prévenus, malgré les frais considérables causés à l'Etat par l'entretien des accusés. Il justifie ensuite sa réclamation à charge des deux ex-maïeurs en peignant les deux ignobles coquins sous des couleurs fortes. Il exige de chacun d'eux, 200.000 frs.

Me Emile Coulonvaux se constitue partie civile pour :

a) Léon Nicaisse, geôlier à Dinant contre Motte . Réclamation : 100.000 frs.
b) Pauline Dumont, veuve Louis Henrotin et son fils Pierre Henrotin, de Marloie, contre Schoonbroodt, Stampe et Van Cotthem. Réclamation solidairement 100.000 frs pour dommage moral pour la veuve, et 300.000 frs pour dommage matériel ; pour le fils,
20.000 frs. à titre de dommage moral et 150.000 frs. pour dommage matériel.
c) Fidèle Barré, de Matagne-la-Grande contre Coppin, Stampe, Collette et Claes (ces deux derniers en fuite). Réclamation : 100.000 frs.

Enfin, Me Jean de Pierpont, partie civile pour Maurice Devillé, de Godinne exige pour son client une indemnisation de 200.000 frs. à charge de Suzanne Perpète. Devillé a été dénoncé par cette dernière qui l'accusait d'avoir participé à la suppression du rexiste Robert, d'Hastière.

Très brèves, ces plaidoiries n'ont duré qu'une bonne heure de temps.
Le Président lève la séance à 15 heures et renvoie le suite de débats au lundi 15 avril, à 9 heures du matin.

Recopié par Louis Baijot, le 13/07/2012

22. Jugement des Gestapistes


Les Gestapistes dinantais devant le Conseil de guerre.


20 condamnations à mort.

Vers l'Avenir, 17 avril 194

Après une longue délibération,  le Conseil de guerre de Dinant à rendu son verdict.

La lecture de la sentence se fit au milieu d'un silences impressionnant

SONT CONDAMNES A MORT :

STAMPE Raymond , de Bouvignes
MOTTE André, de Bouvignes
VAN COTTHEM Théodore, d'Anvers
MOUTON Prosper , de Spy
ROMBAUT Cyrille, de Schaerbeek
ISTASSE Désiré, Bourgmestre rexiste de Bièvre
SCHOONBROODT Joseph, Bourgmestre rexiste d'Olloy
KESTELEYN Joseph, de Saint-Nicolas-lez-Liège
COPPIN  Christian, de Forest
PUTZEIS Marcel, de  Flémalle-Haute
FREROTTE ANDRE, de Tilff
PERPETE Suzanne, de Hastière-Lavaux
ADAM Mina, d'Esch-sur-Alzette
JACOB Charles, de Grivegnée
ALBERTY Henri, de Bruxelles
FRANCOIS Louis, d'Ixelles
PELLEMANS Jean, d'Edeghem
CLAES Charles, de Jemeppe-sur-Meuse , fugitif
COLLETTE Robert , de Bressoux, fugitif

SERVAIS Raoul est condamné à 20 ans de travaux forcés



LES PARTIES CIVILES.
Les condamnés payeront à leurs victimes

ISTASSE, STAMPE et KESTELEYN,  solidairement à la Veuve Mathieu :100.000 Frs ; à chacun de ses quatre enfants , 50.000 Frs ; pour dommage matériel : 250.000 Frs ; pour pillage :180.500 Frs ;  1 Fr,-  de dommages et intérêts.

COLLETTE, STAMPE et ISTASSE, solidairement à la partie civile Collignon, 300.000 Frs.

STAMPE et ISTASSE, solidairement à la partie civile Romain Albert : 100.000 Frs.

ISTASSE , à titre provisionnel à la partie civile Offerman :250.000 Frs.

MOTTE et SCHOONBROODT, solidairement à la partie civile Angot : 400.000 Frs.

MOTTE et STAMPE, solidairement à la partie civile  Lorge, 150.000  Frs. pour préjudice moral, 48.500 Frs. pour vol,

André MOTTE, à la partie civile Nicaise : 100.000 Frs.

SCHOONBROODT, STAMPE et VAN COTTHEM, à Madame Pauline Dumont,veuve Henrotin: 100.000 Frs ;  préjudice moral : 300.000 Frs. ; préjudice matériel à son fils Pierre : 200.000 Frs. , préjudice moral : 150.000 Frs.  pour sa détention,

COPPIN , STAMPE, COLLETTE et CLAES, solidairement à la partie civile Barré : 100.000 Frs.
ISTASSE et SCHOONBROODT , à l'Etat belge, chacun :  200.000 Frs.

Suzanne PERPETE , à la partie civile Deville : 200.000 Frs.

L'auditeur militaire a requis l'arrestation immédiate des contumaces  CLAES et COLLETTE. La Cour a fait droit à sa requête.

23. Historique régional des événements  de l'été 1944


Pour recadrer enfin la bataille de Graide dans son contexte, intéressons-nous à présent à l'enchaînement des principaux événements régionaux de l'été 1944. Ces derniers se sont déroulés dans un triangle d'environ 18 km de côté où nous retrouvons à l'ouest non loin de la frontière française,  les plaines de parachutage et les villages de Bourseigne-Neuve et de Rienne, au sud-est le village de Bièvre et de Graide, au nord-est les villages de Vencimont, Vonêche et le tunnel ferroviaire de Martouzin.

MARS 1944

  • Le 3 mars 1944, le premier parachutage sur la plaine "BUFFLE" largue des containers d'armes et des postes récepteurs à piles sèches, qui permirent d'écouter aisément les messages de la BBC, et cela, en plein bois !

AVRIL 1944

  • Début avril 1944. Daniel Ryelandt s'est installé dans un des petits camps qui abritent l'effectif des maquisards déjà mobilisés du groupe.
  • Le 11 avril 1944, un second parachutage sur la plaine "GRENADIER" largue dans le colis un "S"phone permettant de communiquer avec l'opérateur d'un avion et un vélo permettant de recharger les batteries.
  • Le 30 avril, troisième parachutage  de containers.

MAI 1944

  • Le 4 mai, un embryon de PC s'installe dans les bois au sud-ouest de Vencimont (3744)

JUIN 1944

  • Le 1er juin 1944, la Légion Belge, devenue de Belgique fin 1942, prend son appellation définitive d'Armée Secrète.
  • Le 1er juin 1944,  la BBC lance sur les ondes le message suivant : "Message pour la petite Berthe; la frondaison des arbres vous cache le vieux moulin". Ce message d'avertissement signifiait qu'un ordre d'action serait donné dans la quinzaine.
  • Le 05 juin 1944, à 19.15 h, la BBC transmet un message commençant par la lettre "G".  "Le Géranium est à la base de tous les parfums". Un parachutage est imminent, il faut se tenir prêt !
  • Le 06 juin 1944, le quatrième parachutage a lieu à 02h30 et porte à 53 le nombre de containers reçus, permettant ainsi d'armer la majorité des maquisards.
  • Le 06 juin 1944, la BBC annonce le débarquement en Normandie.
  • Le 8 juin 1944, le message BBC "Le roi Salomon a mis ses gros sabots", déclenche la première phase de l'action : la dislocation du trafic ferroviaire et le sabotage des télécommunications.
  • La nuit du 10 au 11 juin 1944, trois équipes de la sous-section 3 coupent à l'explosif, en cinq endroits, les quatre voies, interrompant ainsi la circulation pendant quelques jours.
  • Le 13 juin 1944, le PC du Maquis et les deux sections comprenant chacune deux sous-sections (pelotons) s'installent dans les bois au sud-est de Bourseigne-Vieille (3443). C'est dans ce premier camp que sera jugé, par un conseil de guerre en campagne, un agent belge de la Sipo-SD de Dinant qui s'était joint aux maquisards lors de leur concentration afin de les dénoncer ; condamné à mort, l'individu sera passé par les armes.
  • Le 17 juin 1944, le groupe déménage une première fois.
  • Vers la mi-juin 1944, à Graide-Station, exécution d'une collaboratrice par 2 maquisards.
  • Léa "CROLE" de Monceau est abattue par le Maquis peu de temps après.
  • A la fenaison encore, Maurice BOCLINVILLE de la ferme des Gêves à Graide-Station, rexiste affiché, armé et ami du COUZOT est enlevé par le Maquis. Son corps sera retrouvé à la Libération.
  • A même époque, MOUCHET de Bièvre est abattu dans un pré près du "Point d'Arrêt" alors qu'il allait prendre le train. Il portait l'uniforme allemand et était en poste  dans les bureaux de la Gestapo à Dinant. Il était le fidèle ami du COUZOt qui "traînait" avec sa fille; son fils servait les allemands à la Légion Wallonne et fut tué au front russe.
  • Dans les jours suivants, Léon LAMBERT de Vresse, rexiste affiché qui avait encouragé le COUZOT dans sa dérive, fut abattu par le Maquis au retour de sa visite mortuaire chez son ami MOUCHET.
  • Fin juin 1944, Louis SERVAIS de Bièvre est arrêté par ISTASSE (le COUZOT) sur le pont de Dinant.

JUILLET 1944

  • Le 01 juillet 1944, première tentative de blocage du tunnel ferroviaire de Martouzin par la sous-section 3,  tentative partiellement échouée.
  • La nuit du 04 au 05 juillet 1944, premier sabotage des lignes téléphoniques.
  • Le 07 juillet 1944, le groupe du Maquis déménage une seconde fois pour s'installer à la Croix-Scaille (3035)
  • Le 20 juillet 1944, seconde tentative par les sous-section 4 et 5 de blocage du tunnel ferroviaire de Martouzin. Opération couronnée de succès., le tunnel restera obstrué pendant une semaine puis  le trafic sera rétabli sur une seule voie.
  • Le 25 juillet 1944, Eloy COLLIGNON de Bièvre croise une voiture de la Gestapo occupée par 5 membres de la SD Dinant. ISTASSE le dénonce et Eloy est retrouvé mort devant le cimetière de Vonèche.

AOUT 1944

  • Le 02 août 1944, vers 4 heures du matin en plein village de Rienne (3539) un petit détachement de la sous-section 1 monté sur deux véhicules se heurte à une colonne allemande se dirigeant vers la France. Au cours du bref engagement huit Allemands furent tués; les Belges eurent à déplorer un mort et un blessé.
  • La nuit du 08 au 09 août 1944, second sabotage des lignes téléphoniques.
  • Vers le 15 août 1944,  le camp de la sous-section 2 du sous-lieutenant des Chasseurs ardennais Robert Hustin s'installe  sur le versant d'une colline du bois de la "Virée des Houlines" à l'ouest de la route Craide (4835) - Gembes (4740).
  • Le 16 août 1944,  arrestation à Graide-Station du facteur du village Louis LAMOTTE par FRANCOIS Louis, le cuistot de la GESTAPO, membre de la SD Dinant. Le facteur  sera déporté pendant six mois à la frontière hongroise. Il était considéré par beaucoup comme pro-allemand et son arrestation reste mystérieuse.
  • La nuit du 17 au 18 août 1944, troisième sabotage des lignes téléphoniques.
  • Le 18 août 1944, trois arrestations à Gedinne, dont celle d'Armand NASSOGNE, resté disparu. Marcel CRASSET, militaire de Willerzie, lui aussi arrêté par les Allemands fut retenu à Bièvre avec des otages de cette localité. Jacob de la SD Dinant le frappa à coups de ceinturon afin de savoir de quel maquis il faisait partie et ce, sans aucune raison, car rien ne désignait sa victime à son ressentiment. La Meuse du 12 avril 1946
Le 18 août 1944, le témoin a été arrêté à Gedinne, conduit à Bièvre, puis à Namur. Là, il fut interrogé par Jacob, qui l'a frappé. L'accusé reconnaît le fait, mais déclare que c'est la riegsmarine qui a arrêté Crasset.
  • Le 19 août 1944, vaste opération à Bièvre : 14 arrestations. Une des personnes arrêtées est morte en
Allemagne
  • La nuit du 19 au 20 août 1944, la sous-section 4 bloque de nouveau le tunnel ferroviaire de Martouzin.  Succès complet également, le trafic sera interrompu pendant dix jours.

Remarque intéressante:

Le trafic ferroviaire sur la ligne  Dinant-Gedinne-Virton sera donc rétablit vers le 30 août 1944. Il permettra l'acheminement par train spécial des troupes allemandes de Dinant pour encercler le maquis de Graide le 1er septembre 1944. Cette opération n'aurait donc put se projeter pendant les 10 jours précédents. Il est dès lors permis de penser que les Allemands connaissaient l'emplacement du camp du Maquis de longues dates, mais qu'ils durent attendre le rétablissement de la ligne ferroviaire pour organiser leur attaque.

  • Le 21 août, une arrestation à Louette-Saint-Pierre.
  • Les 23 et 24 août, une vaste expédition à Houdrémont est organisée et la S.D. y participe. Elle occupe les leviers de commande. Un combat a lieu. Trente-deux personnes sont victimes de l'opération ; parmi elles, plusieurs sont abattues dont Jean MOSSIAT. Onze personnes ont laissé la vie dans cette affaire.
  • Le 29 août 1944, parachutage sur la plaine "GRENADIER"" du capitaine Blondeel avec six hommes et huit containers.
  • Le 31 août 1944, des officiers Allemands en possession de cartes, repèrent les lieux proches du camp du maquis de Graide.

SEPTEMBRE 1944

  • Le 1er septembre 1944 , parachutage sur la plaine "BUFFLE" du  capitaine DEBEFVE, de 15 S.A.S., ainsi que de 19 containers et 3 paniers. Un homme, accroché dans un sapin, est blessé.
  • Le 1er septembre 1944, c'est le terrible combat de Graide où 17 maquisards vont donner leur vie.
  • Le 5 septembre 1944, une forte patrouille allemande surprit un poste de sentinelle double de la Sous-section 7 chargée d'assurer la garde d'un accès à la plaine de refuge "BUFFLE". Un des hommes est tué, l'autre est blessé. 
  • La nuit du 5 au 6 sepemtbre1944, dernier parachutage sur la plaine "BUFFLE" ; un premier avion "droppa" largue quatre hommes et 22 containers; deux heures plus tard, deux autres avions larguent quatre hommes, deux Jeeps blindées et douze containers.
  • Le 6 septembre 1944, libération de la région par les Américains.

24. Souvenons-nous


Nous disposons à présent d'une vision un peu plus globale et réaliste du contexte dans lequel s'est inscrit la bataille du Maquis de Graide. Nous pouvons mieux imaginer comment, après avoir subi pendant 4 années d'occupation, de multiples vexations et des réquisitions diverses, les populations de nos villages ont vécu ce terrible été 1944.
Inclinons-nous devant le courage et la foi de tous ces citoyens Belges qui se sont engagés dans l'Armée Secrète pour libérer leur Patrie.
Gardons en mémoire aussi que pendant ces années de souffrances collectives, quelques-uns, assoiffés de pouvoirs ou de privilèges, ont délibérément choisi la  voie de la collaboration nazie, de la dépravation, de la torture, du crime, de la trahison et n'ont pas hésité à vendre lâchement les leurs aux bourreaux !
Gardons à l'esprit  que de nos jours encore, l'Honneur et la Loyauté ne s'achètent pas, mais se méritent au quotidien !

Les Maquis ont énormément contribué à notre Libération en assumant les plus diverses missions. Ils ont été une source précieuse de renseignements pour le gouvernement de Londres, ils ont perpétré nombre  de sabotages téléphoniques, ferroviaires et autres. Ils ont dressé diverses embuscades, ont entretenu un sentiment d'insécurité et de crainte dans les rangs ennemis. Ils ont organisé de complexes parachutages, ont acheminé et distribué armes et munitions, ont accueilli les premiers  aviateurs anglais, ont guidé en territoire occupé l'avant-garde Américaine tout en protégeant les populations.


Tous documents, photos, témoignages, avis, conseils ou rectifications sont les bienvenus à l'adresse mail gitebeauchamp@yahoo.com

25. De nos jours


Des circuits pédestres sont aujourd'hui balisés au départ de la route de Gembes à Graide et permettent de se rendre au camp des maquisards où une petite stèle a été implantée. Vous emprunterez les nombreux chemins des maquisards, menant notamment au village, à leur postes de guet, aux ruisseau des Rives et de Rancenne, à la source, au camp de Haut-Fays et à la ferme de l'Avrainchenet,. Vous pourrez vous recueillir au pied du rocher où les combats se sont déroulés, là où les corps mutilés de nos héros ont été retrouvés et où un mémorial a été érigé. C'est aussi à cet  endroit que chaque premier dimanche de septembre, vous pourrez assister à la messe du Maquis.

Messe 2012 Maquis de Graide 1

Messe 2012 Maquis de Graide 2





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